Les 100 mots : novembre 2004
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Un biopic
rafraîchissant car c’est son auto-biopic qu’entreprend le jeune Jonathan
Caouette, qui se filme depuis l’enfance. Pas mal ravagé par l’instabilité
mentale de sa mère, ou plutôt l’instabilité mentale prétendue de sa mère que
des électrochocs ont beaucoup abîmée, Caouette feuillette avec nous, dans un
film « fait à la maison » et sur ordinateur, son adolescence agitée de
queer en devenir. On se dit parfois que tant d’espoir de la part du
réalisateur quant à la nouveauté formelle de Tarnation est à la limite
de la naïveté, mais le film se hausse finalement au-dessus du simple essai d’art-thérapie. |
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On le savait
depuis After life et Distance : Kore-eda est un cinéaste
japonais dont l’œuvre – quatre longs avec celui-ci – présente une cohérence de
thèmes et une singularité formelle avérées. Ici, il étire peut-être plus que
de raison la matière d’un fait divers : une mère poule un peu toquée abandonne
un jour ses quatre enfants, laissant le soin à l’aîné, Akira, 11 ans, de
s’occuper de son frère et de ses sœurs. Drame de la pauvreté ? Un peu à la
manière de Jacques Maillot avec Froid comme l’été, Kore-eda penche
davantage vers des causes psychologiques. En effet la mère travaille, les
enfants ne sont pas scolarisés mais ils sont cependant éduqués, entourés de
jouets… Comme le suggère le titre, impossible d’extrapoler sur les causes de
cet abandon – le film n’est donc pas une enquête sur cette histoire vraie mais
une observation presque behaviouriste de « ce qui se passe » quand des enfants
sont livrés à eux-mêmes. A la fois prévisible et lent, le film finit par
souffrir de ce qui faisait pourtant toute sa force (le rendu des détails),
mais la « matière » cinématographique de Kore-eda, son traitement des couleurs
et des coupes, envoûte. |
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Eugène Green,
l’auteur du Monde vivant, atteint dans ce film un sommet dans sa
collaboration avec son comédien fétiche, Adrien Michaux, promis on l’espère à
un avenir cinématographique aussi riche que son activité théâtrale. Son héros
et son héroïne se rencontrent quand il est trop tard – c’est dire que, dans
cette vie-ci, ils ne se rencontreront jamais. Lui est étudiant mais envoie
balader sa maîtrise sur « la transcendance matérialiste chez Breton », elle
est cantatrice, martyrisée par l’outrecuidant maître de chant baroque de son
orchestre. Leurs vies sont décrites avec l’approche la plus baroque possible –
mélange d’humour et de gravité, de franche farce et de bressonisme aigu. D’où
certaines scènes d’une beauté et d’une émotion à couper le souffle, où le
cinéma est vraiment celui de corps parlant, filmés de front, avec cette
diction particulière chez Green utilisée comme un masque de théâtre. Dommage
que la partie satirique (sur le monde du spectacle, ses réseaux, en
particulier homosexuels, ses sadismes, ses mesquineries) retranche beaucoup à
la beauté du Pont des arts. On imagine ce que pourrait être le vrai
souffle d’Eugène Green s’il abandonnait pour de bon sa posture de pur parmi
les corrompus… |
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Sympathique petite allégorie : dans un village russe reculé, l’exode rural a laissé la population exsangue, composée presque exclusivement de « petites vieilles » assez coriaces, combinardes (il faut bien survivre) et xénophobes. L’arrivée d’un jeune couple d’immigrés ouzbeks au sein de cette communauté donne au cinéaste l’occasion de traiter de façon assez malaisante (comique grinçant pour un sujet qui, en réalité, est terrifiant) cette question de la xénophobie. Mais tout finit par des chansons…
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Attention, très mauvais cru : rien ne fonctionne dans cette histoire
faussement alambiquée, où Chabrol mêle à la louche pseudo contraste entre
classes sociales (la mère de Philippe, coiffeuse, sort avec un homme de son
village qui, lui, roule en jaguar) et pseudo thriller psychologique (Senta,
nouvelle petite amie de Philippe, exige de lui qu’il tue pour lui prouver son
amour). Mal dialogué, mal joué, mal filmé, même pas malin : le dernier Chabrol
n’est pas à la noce. On rappelle que dans les salles, la sortie est indiquée
par un rectangle lumineux et un pictogramme de petit homme en fuite. Juste
pour ceux qui aimeraient prendre l’air avant la fin. |
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Dans la série biopic (voir Modigliani), la vie de Peter Sellers vue par Hopkins n’a pas même le lustre du pur navet kitsch sur le peintre de Montparnasse qu’était le récent Modigliani. Non seulement le Peter Sellers romancé n’est pas drôle, mais c’est un mélancolique cruel, brutal. Un triste sire, pas birdie num num pour deux pence. Remède : le DVD tout frais de The Party.
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Après
un film sur la jeunesse glandeuse et no future de Montevideo (25
watts), les deux seuls jeunes cinéastes connus du Paraguay reviennent avec
la même loufoquerie, mais chez les vieillards : le gérant d’une vieille
fabrique de chaussettes loue les services de son employée pour faire croire à
son frère baroudeur qui lui rend visite qu’il est marié et heureux. Au cours
d’un voyage dans une station balnéaire décatie, dont la piscine rappelle celle
de La Nina Santa, les relations entre les deux hommes et la femme se
modifient, sur fond d’humour clown blanc façon Kaurismaki. Pas enivrant, mais
pas saoulant non plus. |
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Primé
à Cannes mais jamais sorti, Le Moindre geste sidère, quarante ans
après. Tourné sans son synchrone, il superpose une trame à peine fictionnée
(Yves s’échappe d’un asile où il est durement traité et déambule dans les
collines avoisinantes) à du son en off, improvisation du même Yves, « vrai »
fou que côtoyait alors Fernand Deligny. Ce dernier avait une approche
innovante de la maladie mentale, l’idée d’un « vivre avec » plutôt que d’une
série de soins. Le moindre geste, tour à tour agaçant et hilarant, est une
plongée rare dans un autre monde. Non pas une visite de plus chez les fous
mais une saisie fine de la gestuelle qui conserve à l’individu Yves toute sa
singularité. |
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Pressé par son père d’origine marocaine qui veut accomplir un pèlerinage à la
Mecque, Réda va devoir l’y conduire, quitte à sécher le bac qu’il rechignait à
repasser de toute façon. Attention, film initiatique… Mais Le Grand voyage
séduit par son attention au cadre, son sens du rythme et la façon dont il
saisit vraiment, sans stylisation, les paysages qu’il traverse, Turquie,
ex-Yougoslavie… Le huis-clos dans la voiture et les scènes d’extérieur
s’alternent dans une construction plutôt habile, plus habile, finalement, que
son propos (le franchissement du fossé entre générations). |
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Il
faut voir pour le croire ce « film coupé en deux » (une catégorie que vous
propose
Cinefeuille, à laquelle appartenait déjà
Blissfully yours du même réalisateur où s’engouffrent par exemple Lost
Highway et Mulholland Drive de Lynch, Chunking Express de
Wong Kar Wai). Keng et Tong, jeunes Thaïs d’aujourd’hui, se rencontrent,
s’aiment, en douceur, l’un soldat, l’autre campagnard. Et puis… Et puis il y a
le carton d’ouverture qui nous revient en mémoire : « Nous sommes tous, par
nature, des bêtes sauvages. » La deuxième partie, traque de l’âme d’un tigre
dans le vert-noir dense de la forêt, tient de l’indescriptible, de la cruauté
et de son domptage, revers aussi sombre et profond que la première partie
était lumineuse, légère. Un film-expérience, une séance d’hypnose, une chasse
à l’homme et à l’âme. |
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