Les 100 mots : l'été 2004
A l’Ouest des rails (Tiexi Qu)
Documentaire chinois de Wang Bing.
Sortie : 9 juin 2004.
Fascinante plongée de neuf heures dans un complexe industriel de Chine profonde qu’on dirait d’abord désaffecté : hommes usés par les machines et les matières, univers quasi-carcéral… Aucun documentaire n’atteint la force de A l’Ouest des rails aujourd’hui. Pendant que les hommes, ravagés par une toux mortelle, tapent le carton dans la salle de repos (« On fait que glander », remarque l’un d’eux, déprimé par le semi chômage technique imposé), le transistor affirme : « Internet et les technologies de pointe ont un bel avenir. »
Une Irlandaise et un Pakistanais de la deuxième génération se rencontrent et s’aiment à Glasgow. Vus les antécédents religieux de l’une et de l’autre, vous n’aurez pas besoin de beaucoup d’imagination pour écrire vous-même le scénario de Just a kiss. Ah là là, les fossés culturels, le radicalisme religieux des parents musulmans du garçon, le curé coincé de la fille… tous ces obstacles viendront-ils à bout du couple ? C’est rondement mené (Ken Loach est rompu à ce genre d’exercice) mais tout de même téléphoné ! On en vient à regretter le goût du romanesque de Dirty pretty things de Stephen Frears – c’est dire.
Just a kiss (Ae fond kiss)
Film britannique de Ken Loach.
Sortie : 14 juillet 2004.
Head-on
Film germano-turc de Fatih Akin avec Sibel Kekilli, Birol Unel.
Sortie : 21 juillet 2004.
Devant Head-on, on a souvent envie d'écarter un peu les personnages pour voir ce qui se passe derrière eux : dans la rue à Hambourg (c’est vrai, on ne voit pas souvent Hambourg au cinéma), dans un grand hôtel décati d’Istanbul. Parce que devant, la musique pachydermique et le montage-clip surlignent ad nauseam l’action du film, qui tient dans son titre : un homme, Allemand d’origine turc alcoolo et paumé, et une jeune femme, elle aussi d’origine turque et opprimée par sa famille, vont droit dans le mur… Le mélo pourrait marcher si les personnages étaient plus attachants, mais Hambourg et Istanbul ont décidément plus d’épaisseur psychologique qu’eux…
Bizarrement, ce sequel sent le remake : le 2, c’est juste le 1 en légèrement plus poussé. Toujours aussi sympathique, le jeune Peter Parker, anti-héros devenu super-héros. Certes, on pourra comparer la mue de l’homme-araignée aux changements de l’adolescence, rapprocher le liquide qui sort de ses poignets pour tisser des toiles et les sécrétions moins avouables, bref, voir dans la transformation en Spider-Man une allégorie du passage à l’âge d’homme. Soit. On reste dans le cliché, l’agréable cliché. Les séquences les plus violentes viennent heureusement secouer un peu la faiblesse des scènes d’amour, mais les bonds d’immeuble en immeuble sont bien trop numériques pour émouvoir.
Spider-Man 2
Film américain de Sam Raimi avec Tobey Maguire et Kirsten Dunst.
Sortie : 14 juillet 2004.
Je suis un assassin
Film français de Thomas Vincent avec Karine Viard et François Cluzet.
Sortie : 11 août 2004.
Déception de la part du réalisateur de Karnaval : il cuisine ici des thèmes hitchcockien à la sauce franchouillarde pour un résultat qui ne fait même pas peur. Le deal ? Un écrivain à succès demande à son collègue qui, lui, rame pour se faire publier, de commettre un crime à sa place (suivez mon regard vers L’Inconnu du Nord-express). L’atmosphère du mas provençal de l’écrivain friqué donne à ce « film noir » une petite torsion ensoleillée qui ne manque pas de piquant, mais Je suis un assassin aurait surtout besoin d’un bon script doctor.
Robert Guédiguian persiste à s’attacher dans chaque film à son trio d’acteurs et à sa ville natale (Marseille). Touchant. Ici, une pédiatre qui est restée dans la cité popu par conviction perd un jour la parole. Son amant, médecin du monde aussi bourlingueur qu’elle est « locale », tente de comprendre ce qui lui est arrivé. Le film est ponctué de scènes anti-naturalistes d’une allégorie aux santons qui sent un peu le patronage… Cette structure dont on voit bien qu’elle veut casser un certain vérisme social, marque pourtant l’échec d’un cinéma qui ne décolle pas du message qu’il porte. La fiction y demeure extrêmement fragile.
Mon père est ingénieur
Film français de Robert Guédiguian avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan.
Sortie : 18 août 2004.
Assassination tango
Film américain de Robert Duvall avec Robert Duvall, Ruben Blades, Luciana Pedraza.
Sortie : 18 août 2004.
Sympathique variation sur le thème du cow-boy sur le retour : Duvall en tueur à gages désabusé et faussement maladroit, accepte de se rendre en Argentine zigouiller un ancien général assassin pour aller au bout de sa propre passion : le tango argentin. Évidemment, la rencontre amoureuse est au rendez-vous, sur le mode de la nostalgie et de la sublimation par la danse. La subtilité de la chorégraphie fait office, un peu facilement, de métaphore de la classe et de l’efficacité du tueur. Disons que Duvall danse avec les clichés de façon follement élégante…
Attention téléfilm poético-politique ! Ce biopic attendrissant sur la vie du poète Jean Sénac, assassiné sans doute sur ordre du gouvernement algérien, a au moins le mérite de donner envie d’aller lire de près la biographie et les poèmes. La politique, l’homosexualité de Sénac, sa poésie, sont ici seulement survolées. Le film demeure schématique, mais il montre combien après l’indépendance, en 1962, l’énergie de la jeunesse (ici les jeunes amis de Sénac, théâtreux plein d’idées) a été écrasée par la dictature.
Le Soleil assassiné
Film franco-belge d’Abdelkrim Bahloul avec Charles Berling.
Sortie : 18 août 2004.
Un fils
Film français de Amal Bedjaoui avec Mohamed Hicham, Aurélien Recoing.
Sortie : 25 août 2004.
C’est la fragilité et la linéarité qui font tout le prix de Un fils, chronique de la vie d’un jeune prostitué parisien dénuée de tout sentimentalisme. Selim a beau voir son père chaque semaine, il lui cache son homosexualité ; le père la comprendra-t-il lorsqu’il trouvera dans la chambre de son fils mort des vêtements de femme ? Un fils est d’une sobriété qui ne l’empêche en rien d’être poignant. Reste à savoir s’il n’eût pas fait un meilleur court-métrage, ou, en d’autres termes, si mise en scène et direction d’acteurs tiennent la distance du long.
Ma femme est une actrice était une bonne surprise qui alliait à merveille les codes de la comédie romantique et la mise en abyme du couple Yvan-Charlotte. Ils se marièrent ne constitue pas une suite, mais en quelque sorte le revers de la médaille de cette fiction : exit le glamour, Yvon et Charlotte jouent un couple de Parisiens (très) moyens, voire beaufs : vendeur de voitures et agent immobilier. Résultat, une comédie dramatique molassonne sur l’adultère où la femme supporte la tromperie grâce à ses doux fantasmes, et où l’homme passe à l’acte parce que, que voulez-vous, on n’est pas fait de bois… Finalement, on les préférait en stars.
Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants
Film français d’Yvan Attal avec Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat.
Sortir : 25 août 2004.
Charley Chase Follies
Quatre courts-métrages de Leo McCarey avec Charley Chase, 1925-1926.
Sortie : 25 août 2004.
On avait beaucoup ri lorsque Retour de Flamme avait restauré et montré A visage découvert : dans cette comédie du remariage avant l’heure (on sait ce que deviendra McCarey), Charley Chase, affublé d’une dentition protubérante, se la fait raboter pour plaire à sa femme, qui a la bonne idée de se faire raccourcir le nez. Mais comment se reconnaître l’un l’autre quand on devient soudain si beau ? La prothèse, ici, est l’accessoire par excellence du burlesque, une extension du corps toujours en passe de s’autonomiser pour se retourner contre son porteur. Certes, au bout du quatrième two-reeler on se lasse un peu. Charlie rate son mariage (où il est question d’une autre prothèse, une jambe de bois) vaut aussi le déplacement.
Comme toujours, Tony Gatlif dépense beaucoup, souvent en pure perte. Il y a cependant une vitalité revigorante dans Exils, le voyage improbable de Paris à Alger d’un couple de jeunes routards sur les traces de leurs racines maghrébines. Évidemment, l’excès ne paie pas toujours : les comédiens, à force d’être poussés dans le même sens (extraversion gueularde, sensualité, mouvement permanent, bref animalité) courent vers le n’importe quoi, jusqu’à la transe finale. On oublie pudiquement le Prix de la mise en scène mais on ne s’interdit pas d’aller voir Exils.
Exils
Film français de Tony Gatlif avec Lubna Azabal et Romain Duris.
Sortie : le 25 août 2004.
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