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11'09'01

Production Séquence 19.Productions, Alain Brigand; Galatée Films Studio
Canal. Distribution Frenetic Films (2002, France). Durée 2 h 10. Réalisation
Youssef Chahine, Amos Gitaï, Shohei Imamura, Alejandro González Inárritu,
Claude Lelouch, Ken Loach, Samira Makhmalbaf, Mira Nair, Idrissa Ouedraogo,
Sean Penn, Danis Tanovic Musique des génériques Alexandre Desplat.

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Bien
entendu, l'on n'échappe pas aux aléas du film collectif et, selon les
sensibilités, l'on appréciera mieux telle ou telle intervention. Au final,
le résultat est impressionnant et le cahier des charges parfaitement
respecté: offrir une image autre du 11 septembre…
L'entreprise tient en un mot: le décalage. Ou, pour rester dans une logique
propre à l'image: le hors champ. Hors champ au tout venant médiatique qui
nous a abreuvé, des mois durant, de quelques images montées en boucle,
disant sempiternellement la même chose: deux tours s'effondrant dans le
fracas d'une civilisation incrédule, obnubilée jusqu'alors par sa
toute-puissance. Orchestration spectaculaire et tragique d'un esprit
dément.
Un
salutaire contrepoint
Mais ces
images ont aussi oblitéré une réalité toute autre. Comme si un seul point
de vue était possible, comme si la conscience restait captive d'une horreur
qui nous a tous percutés de plein fouet, comme si les États-Unis détenaient
le monopole de la douleur. Cependant, nous ne sommes pas tous Américains,
et la représentation de cet événement dans les consciences collectives
trouve autant d'échos que de cultures ou de sensibilités politiques.
Là réside la bonne idée d'Alain
Brigand: convoquer des cinéastes de tous les horizons pour s'exprimer sur
les événements du 11 septembre et leurs conséquences… Et ce, dans le cadre
d'un film composé de courts-métrages de onze minutes, neuf secondes et une
image. Onze cinéastes ont répondu à l'appel et, dans ce qui en résulte,
l'on trouvera du bon et du moins bon. Cependant, la force du tout l'emporte
sur des parties forcément inégales.
Collant
parfaitement à la commande, quoiqu'un peu didactique, le court-métrage de
Samira Makhmalbaf. Une maîtresse tente de communiquer à de jeunes Afghans
réfugiés en Iran l'ampleur du drame. Mais le décalage est complet:
qu'est-ce qu'un gratte-ciel en plein milieu du désert? Des milliers de
morts, lorsqu'un oncle disparu est déjà une catastrophe? Le film illustre
bien le changement d'échelle et de priorités, selon le point de vue.
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Même
type de décadrage pour la farce réalisée par Idrissa Ouedraogo. Cinq
jeunes Burkinabés tentent de capturer Ben Laden qui ère erre dans
Ouagadougou: la récompense promise soignera la mère de l'un d'entre eux.
C'est le décalage Nord Sud qui frappe ici, même si le ton de comédie
détonne un peu. De Lelouch, on ne sera guère surpris qu'il réalise «Un
homme et une femme», à l'ombre des tours jumelles. Seule bonne idée: onze
minute de silence.
Mira Nair
déçoit par une réalisation très conventionnelle pour une histoire pourtant
édifiante: comment un musulman de NY passe du statut de traître à celui de
héros en quelques semaines. Chahine n'a pas peur de mettre en parallèle un GI
tué au Liban et un Palestinien poseur de bombe. En un plan-séquence, Amos
Gitaï se moque autant de l'hystérie médiatique que de l'asymétrie entre
l'événement américain et la violence quotidienne en Israël.
Des
souffrances en résonance
Sur le mode
de la sobriété, Ken Loach excelle. Dans un court-métrage quasi-documentaire,
il mêle le 11 septembre 2001 à celui, chilien, de 1973. Ce film, bouleversant,
rappelle les exactions américaines: c'est politiquement le plus convaincant.
Même résonance des souffrances dans le Tanovic: les femmes de Srebrenica
manifesteront pour leurs morts autant que pour ceux des USA. C'est,
esthétiquement, le plus épuré.
Autre
réussite, Sean Penn qui réalise une superbe métaphore de l'isolement américain
et de sa trop tardive prise de conscience. Seul à aborder l'événement de
front, le film expérimental d'Inárritu offre une prière incantatoire d'une
redoutable violence. Quand à Imamura, il clôt l'ensemble avec une fable dont
il a le secret. Renvoyant dos-à-dos les belligérants, il conclut qu'il
n'existe pas de guerre sainte.
Bertrand
Bacqué
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