24 HEURES CHRONO
 

Avec sa troisième saison, « 24 » donne des Etats-Unis la plus cauchemardesque des images. Où la fin justifie (tous ?) les moyens…

Nous ne reviendrons pas sur le concept un brin surfait de la série, le « temps réel » – en fait des temps simultanés, puisque diverses situations se développent en parallèle –, ni sur l'intrigue – Jack Bauer (Kiefer Sutherland) et son équipe, l'Unité de Contre-Terrorisme, ont « 24 heures chrono » pour sauver le futur-président, Los Angeles ou les États-Unis d'un vaste complot. Des scénaristes doués et malins, Bob Cochran et Joel Surnow, y jouent avec nos nerfs, abusant de split screens de moins en moins nécessaires, de cliffhangers de plus en plus prévisibles, et de coups de théâtre plus invraisemblables les uns que les autres – au bout de trois saisons, la formule s'essouffle, alors qu'une cinquième est actuellement produite par la Fox.

         Par contre, 24 heures offre un catalogue exemplaire des nouvelles menaces qui planent sur les États-Unis. Depuis le formidable Hollywood, le Pentagone et Washington, les trois acteurs d'une stratégie globale de Jean-Michel Valantin1, on ne saurait l'ignorer : les productions hollywoodiennes offrent une caisse de résonance aux peurs américaines, mais surtout de merveilleuses simulations de réponses possibles pour les institutions officielles du pays, gouvernement, services secrets et différents corps d'armée, qui n'hésitent pas à prêter leurs moyens colossaux pour la bonne cause. Manière de créer un consensus sur la meilleure façon de répondre à l'agression et de préparer l'opinion publique aux ripostes plausibles, quoiqu'il en coûte. Valantin nomme cela le « cinéma de sécurité nationale ».

         Un parallèle s'impose avec les séries télévisées, avec d'un côté le ludico-tragique Alias et, de l'autre, le tragico-mortifère 24. Ce qu'intègre parfaitement la série co-produite par Kiefer Sutherland, c'est que la menace jusque-là extérieure est, depuis le 11 septembre 2001, intérieure aux frontières. Dans la première journée, le futur président David Palmer est visé (c'est le syndrome JFK), dans la seconde, Los Angeles est la cible d'une bombe atomique (c'est le syndrome du 11 septembre), dans la troisième, les USA tout entiers sont menacés par un virus foudroyant. Dès lors, nous assistons à une simulation à grande échelle et en temps réel. Tout est possible : assassiner froidement un officier supérieur pour répondre au chantage bactériologique ou abattre un civil qui risque de propager le virus. On le sait, puisque la fin justifie les moyens, le pire est à venir. D'autant plus que la dimension autocritique des premières saisons – la mauvaise conscience de l'Amérique ? – s'estompe ici singulièrement. Et les larmes amères de Jack Bauer ne pourront pas nous consoler des dérapages de cette troisième journée de 24 heures chrono.

1. Éditions Autrement, Paris, 2003.

Bertrand Bacqué

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Date de 1ère diffusion (US)
Durée
Network

 Novembre 2001
 60 min
 FOX
 

Créateur(s)
Producteur(s) exécutif(s)

 Joel Surnow et Robert Cochran

Avec

 Kiefer Sutherland