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Le conformisme social qui est à la base de la mort de cet homme nest pas absent de la mentalité de Robert lui-même : en bon southerner, il parle de son bout de terrain (my land) les larmes aux yeux, en espérant que son fils (dun mariage de convention avant que Robert ne se révèle transsexuel) le transmettra à son tour à ses enfants. Et de fait cest là sans doute laspect le plus intéressant de Southern Comfort le machisme, le conformisme social ne sont jamais plus frappants que lorsquils proviennent de personnes qui en sont les victimes. Ainsi le petit ami de Robert, Lola, un travesti, continue à shabiller en homme à son travail et à se faire appeler de son prénom dorigine, John ; mais en présence de Robert, il arbore tous les traits de "mijoration" habituellement observés chez quelques femmes, tortillement, rougissement et regard par en dessous qui le posent en objet sexuel consentant quoique passif. Les commentaires de Robert à son égard, chapeau de cow-boy et tabac en bouche renforcent un sexisme latent qui se perpétue au-delà du chamboulement des frontières sexuelles : "Regardez comme elle est belle; comment je fais, moi, pour quelle me dise oui, alors que tous les mecs rêvent dun rendez-vous avec Lola ? Ils sont tous fous delle ", etc. Lamour qui se développe entre eux est sans doute laspect le plus émouvant du film car Robert approche de sa dernière heure, mais il en constitue également la dimension la plus banale. Une banalité qui est peut-être à la racine de tous les freak documentaries et autres émissions télévisées (leffroi du spectateur et son excitation naissant précisément du fait que finalement, telle femme qui se prostitue depuis lâge de 8 ans pour nourrir ses 89 chats élevés dans une caravane où on prétend quelle a enterré deux de ses ftus, ce pourrait fort bien être moi !). Bien que le film se présente demblée comme un portrait individuel, avec Robert en voix-off et des interviews de son entourage à son propos, suivre en filigrane la dimension sociale et politique du changement de sexe constitue lun des autres intérêts de Southern Comfort. Dans la dernière partie, le Congrès annuel de lassociation se prépare et a lieu, avec invasion dun hôtel entier, tables rondes et topo de Robert et de Lola. Mais cette dimension communautaire nest guère développée, et Kate Davis a clairement préféré sen tenir au cercle familial et amical. La réaction angoissée dun des amis de Robert, femme devenue un homme si "parfait" (physiquement indécelable) quil a épousé une "vraie" femme (qui, ose-t-on lécrire, ressemble un peu à un travesti ), ouvre une brèche : il se plaint que personne ne saperçoive quil est transsexuel ! Exclu au sein même dune communauté dexclus, il pose ainsi doublement la question de la différence et de limpérieuse nécessité de son affirmation. A travers les propos du protégé de Robert (Max, lui aussi une femme devenue homme mais qui est en ménage avec Cassie, un homme en train de devenir femme), le changement sexuel est abordé plus directement dans sa dimension physique (piqûres dhormones). Kate Davis se risque également, ci et là, à une coupe significative (lors dun barbecue par exemple, limage de Robert tranchant de la viande en gros plan succède à ses propos sur la mammectomie) qui contraste avec son montage par ailleurs assez discret (dans un entretien avec Michele Forman dans Filmmaker Magazine, hiver 2001, elle dit : "Je voulais souligner le flot narratif ; ne pas être didactique, mais plutôt laisser le drame réel se dérouler devant la caméra"). Si le prix que ces transsexuels ont payé se laisse comparer à de la chair retranchée, cest aussi, pour leurs familles, une affaire de retranchement dun être : en témoigne le refus du père de Robert dapparaître à limage bien quon lentende parler (il se retranche à son tour ; "je sais que lâme de ma fille Barbara est en lui", affirme-t-il : il sagirait de métempsycose ) ; ou encore, létrange impression de Robert lorsquil montre ses photos denfance à Lola : "Regarde ces robes quon me faisait porter Cétait au temps où jétais transsexuel !" sexclame-t-il en un superbe double flip identitaire. Quant au fils de Robert, il semmêle les pinceaux dans les pronoms personnels, parlant de sa mère en "elle", puis en "il", et enfin à nouveau en "ils" [ou "elles" : they], dans un lapsus qui pourrait bien en dire long sur tout changement de sexe : chronique dune renaissance tout autant que dune disparition, la métamorphose saccorde en genre et en nombre. Charlotte Garson Copyright Cinefeuille www.cinefeuille.org. Tous droits de reproduction même partiels réservés. |
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