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M. ZWILLING ET MME
ZUCKERMANN (Herr Zwilling und Frau Zuckermann)
et
PARAGRAPHE 175 (Paragraph 175)

Monsieur Zwilling et Madame Zuckermann
Allemagne, 1999. Doc. 2h06. Réal: Volker Koepp.
Sortie le 6 mars 2002.

Paragraphe 175
Etats-Unis, 1999. Doc.
Réal: Rob Epstein et Jeffrey Friedman. Sc: Sharon Wood. Narrateur: Rupert
Everett
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Regrouper ces deux films en un même article, c’est
prendre acte d’une nouvelle tendance du cinéma documentaire qui finit
d’explorer, avec les derniers témoins vivants, les horreurs de
l’extermination des Juifs, partout en Europe, et en particulier en Europe
centrale. Leurs sujets sont passionnants : Monsieur Zwilling…
s’enquiert de converser avec ceux qui semblent hélas être les derniers
juifs de Czernovitz, aujourd’hui Tchernovtsy, ville de l’ouest de
l’Ukraine mais roumaine de 1918 à l’annexion soviétique en 1940. Quant à
Paragraphe 175, il interroge les quelques derniers survivants
allemands déportés par les Nazis pour homosexualité. Mais que peut-on
faire dire à des témoins qui sont eux-mêmes, à cause de leur âge, de leur
mémoire et du peu de réparations qu’ils ont pu obtenir dans leurs pays
respectifs, victimes d’un lucide découragement (ils semblent tous
s’apercevoir de leur statut de « vestiges » historiques…) ? Ces deux films
(produits la même année même s’ils sortent à quelques mois de distance
autour de 2001-2002) viennent marquer la fin des communautés de victimes,
des témoins directs. L’après Shoah, peut-être.
Monsieur Zwilling…, commencé avec le désir
d’explorer les vestiges d’une communauté juive dans une ville d’Ukraine,
se concentre sur deux personnages rencontrés un peu au hasard de la
visite : un vieux prof de chimie dépressif et l’une de ses amies plus
âgées, Mme Zuckermann, qui survit en donnant de nombreux cours
particuliers malgré son grand âge. Le pessimiste et l’optimiste dialoguent
ou monologuent à l’écran, et les bribes de leurs histoires respectives
sont captivantes mais hélas fort brèves sur une longueur totale de 2h06 :
on se perd un peu en considérations banales, psychologiques, même si la situation actuelle de ces personnes présente un
intérêt socio-économique. Au fond, le réalisateur choisit le vivant contre
l’historique, il ne cherche pas spécialement (mais y en a-t-il ?) des
archives ou des images d’archives. Il veut nous montrer
que les traces de la judéité de la ville,
qu’il ne parvient pas à retrouver sur place,
sont réunies là, dans la mélancolie inconsolable et lucide de Mr Zwilling,
dans la résistance et la force intérieure de Mme Zuckermann.
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Loin de se « replier » ainsi sur la psychologie de
ses interviewés, Paragraphe 175 énonce, plus classiquement, des
ambitions documentaires qui veulent se constituer en apport historique
original. Après The Celluloid Closet, Rob Epstein et Jeffrey
Friedman poursuivent leur travail sur l’histoire de l’homosexualité et de
sa mise au secret, dans un film basé sur les recherches de Klaus Müller,
jeune universitaire grâce à qui les victimes gay sont mentionnées
au Mémorial de l’Holocauste à Washington. Plus que de « placard » (closet)
c’est ici de tombes qu’il s’agit, celles de milliers de déportés (10 à
15000 dont plus de la moitié périrent, et dix fois plus d’arrestations).
Le paragraphe 175 du code pénal allemand condamne les actes sexuels
« contre nature entre des personnes de sexe masculin ou entre des êtres
humains et des animaux » (on notera l’assimilation homosexualité =
zoophilie) et les punit d’emprisonnement. Bien que relativement connue par
l’opinion publique, la déportation des homosexuels masque une série de
strates de non-dits historiques, autant individuels que collectifs
(archives détruites par les Nazis, omission complète au procès de
Nuremberg, et plus récemment, difficulté pour les réalisateurs de trouver
un financement en Europe et d’amener les victimes à parler). Qui savait
que le paragraphe 175 a donné lieu jusqu’en 1969 à 45 000 arrestations de
plus ? Pour les cinq survivants interviewés, très âgés, il est déjà trop
tard pour que la parole soit thérapeutique ou libératoire, et c’est là
l’aspect le plus tragique du film, qui repose entièrement sur les
entretiens, en l’absence d’archives. Qu’y a-t-il de commun entre un « demi-Juif »,
un « Malgré-nous » d’Alsace, et un membre de la Wehrmacht ? Epstein et
Friedman ont le courage de maintenir la diversité et les ambiguïtés
politiques de leurs interlocuteurs. Ce faisant, ils proposent un début de
déconstruction de la mythologie du triangle rose en tant qu’il
représenterait une identité gay unifiée.
Charlotte Garson
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