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L’Académisme
L’académisme est à l’origine un mouvement dans l’histoire de la peinture du
XIXème siècle. Les artistes qui voulaient faire carrière (Cabanel, Gérôme,
Bouguereau) devaient répondre à un certain nombre de règles dans les sujets
représentés, en particulier l’Antiquité, comme dans la façon de les
représenter. Le caractère conventionnel de ce mouvement lui a souvent valu
l’appellation moqueuse d’Art Pompier. Par extension, l’académisme est devenu
une notion péjorative et désigne tout type d’art qui repose sur des
conventions et qui se contente d’être illustratif.
Il n’y a pas d’antiquité du cinéma, l’académisme est donc déporté sur
d’autres codes, socioculturels et en référence à d’autres arts.
Les codes au cinéma
Des Plumes dans la tête de Thomas de Thier repose sur un système de
codes, une imagerie belge, poétique : les filtres bleus succèdent aux
filtres jaunes (esthétisation onirique), les images sont celles
archi-codifiées de l’eau croupissante, des grands champs déserts, des ciels
lourds, et l’histoire elle-même repose sur la présence fantomatique des
êtres (un enfant mort, une mère qui perd la raison et le contact avec le
réel). Tout va dans le même sens : la représentation d’une histoire
conventionnelle par les moyens tout aussi conventionnels qui lui
correspondent. Le film académique est donc par essence redondant : il ne
raconte rien d’autre que lui-même, et la vision du film n’ajoute rien à son
récit (le raconter = le voir).
Le cinéma académique est avant tout un cinéma pictural de la joliesse, qui
joue non pas du code comme d’une référence (intellectualisation qui
distancie), mais qui l’utilise au premier degré, comme reprise d’un système,
en dehors même de l’histoire des codes utilisés.
Le cas (d’école) du film d’époque
A
partir du moment où l’époque représentée par un film n’est pas
contemporaine, le risque d’académisme est décuplé parce que le référent
n’est plus le réel mais c’est bien souvent les autres arts, en particulier,
la peinture.
La Jeune Fille à la perle de Peter Webber a comme personnage
principal Vermeer, et chaque plan est une référence au peintre : lumière qui
vient d’une fenêtre sur la gauche, jeunes actrices qui semblent sortir de
tableaux. L’idée du récit était de représenter le peintre à un moment donné
de sa vie, de faire d’un personnage historiquement secondaire, et d’ailleurs
inconnu, la jeune fille, le personnage principal, mais le film lui-même
n’effectue pas cette transposition puisqu’il se contente de plagier des
tableaux en dehors de ce qui pourrait se passer dans le cadre. Il provoque
donc l’ennui. Chaque plan existe pour sa beauté mais malheureusement perd
souvent son sens profond d’enregistrement du présent. Le rendu pur d’une
ambiance semble plus important que d’assister à quelque chose en train de se
dérouler.
Le cinéma comme enregistrement
Le cinéma est peut-être l’art qui pardonne le moins l’académisme parce que
son principe est de représenter quelque chose qui semble se passer devant
nos yeux pour la première et la dernière fois – de l’unique. S’il y a code
préétabli, il doit être transcendé.
D’un côté, on a le Vermeer du film, de l’autre le Van Gogh de Pialat
: d’un côté l’image figée d’un artiste, mystérieux, ténébreux,…
représentation historique dictée par le bon sens, de l’autre, l’acteur
Dutronc qui représente Van Gogh, non pas tel qu’il se doit d’être, mais tel
que Pialat le montre quotidien, allongé dans l’herbe et parlant des bras
fins de sa compagne, en un mot : vivant. Le mystère n’est pas préétabli, il
naît du film lui-même, alors même que le film se sert de référents picturaux
– tout l’impressionnisme passe dans Van Gogh –, et le questionne au sein des
plans – les tergiversations autour de la jeune fille jouant du piano.
L’esthétisme est là mais il se construit et se détruit pendant les scènes.
Le film d’époque n’est donc pas académique par fatalité, l’utilisation de
tableaux dépasse parfois l’illustration (Esther Kahn, Barry Lindon).
On pourrait dire que le film académique n’a pas subi l’opération du
tournage, qu’il n’est pas passé par un chaos, n’a enregistré que des
lumières et des sons recopiés, et non des plans vivants. Le film académique
répète des figures, des règles, il est donc joué d’avance, alors que la
matière du cinéma est indéchiffrable a priori. Elle se passe dans un présent
sans cesse renouvelé. L’académisme n’a pas de temps, c’est pour cela qu’il
est présent à toutes les époques, mais c’est aussi pour cela que, n’en
représentant aucune, le film académique dépérit aussitôt qu’il a été vu.
Dans une certaine mesure, il y a donc de nombreux académismes, un par style,
un par pays, régions, etc.
On peut illustrer un roman, recopier un tableau, mais on ne peut que
transposer de la musique au cinéma. Cette relation n’étant pas une copie
mais un transfert, la musique au cinéma en tant que source d’inspiration,
pas en tant que B.O., semble échapper à l’académisme.
Martin Drouot
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