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L'ADVERSAIRE

France. 2002. 2h09. Prod : Alain Sarde. Réal : Nicole Garcia. Sc : Jacques
Fieschi, Frédéric Bélier-Garcia, Nicole Garcia. Mus : Angelo Badalamenti. Im :
Jean-Marc Fabre. Avec : Daniel Auteuil (Jean-Marc Faure), Géraldine Pailhas
(Christine), François Cluzet (Luc), Emmanuelle Devos (Marianne).
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Nicole Garcia
a décidé de s’attaquer à l’affaire Romand, cet homme qui pendant vingt ans
a fait croire à tous qu’il était médecin à l’OMS, alors qu’il n’était rien,
ne faisait rien, et qui sur le point d’être découvert a tué ses parents, sa
femme et ses deux enfants. Du livre d’Emmanuel Carrère, il ne reste que le
titre, qui s’en retrouve vidé de toute sa portée métaphysique. Pour
l’écrivain, l’Adversaire, c’est Satan : la proposition principale du livre
de Carrère est de tenter de rendre compte d’une tragédie (et non d’un fait
divers) qui a vu un homme ordinaire devenir le mal en personne. Son
approche, empathique, souligne le glissement progressif d’un homme pris au
piège de ses mensonges. Qui n’a pas déjà, pour ne pas se dédire et avouer
qu’il avait menti, inventé un mensonge pour en couvrir un autre
?
Mais
qu'on se rassure, avec L’Adversaire, le film, on ne
craint pas le vertige d’une possible identification. Daniel Auteuil réussit
une performance parfaitement hermétique et totalement vampirique. Les
autres personnages existent si peu (les enfants sont particulièrement
absents) qu’au bout du compte il n’importe guère qu’ils se fassent duper et
tuer : scénaristiquement ils ne sont là que pour ça ! C’est la trame
confuse du récit qui rend le spectateur perplexe, bien plus que les les
agissements du personnage. Le décor de carte postale enneigée ne recèle que
l’ennui et la seule musique de Angelo Badalamenti ne suffit pas à susciter
le mystère.
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Construit sur une succession de flash-back, le film commence juste après
que les meurtres aient été commis et juste avant qu’ils ne soient
découverts. Malheureusement les scénaristes ont choisi la voie étroite et
là où le livre suivait Romand sur toute sa trajectoire depuis l’enfance
jusqu’à la prison, en passant par la fac de médecine où tout se noue, le
film ne couvre que les cinq années qui précèdent le carnage. Les quelques
éléments explicatifs nécessaires y sont maladroitement réintroduits par le
biais d’une vidéo-confession qui tient de la ficelle scénaristique et par
quelques scènes postérieures incongrues qui montrent les rescapés (amis,
amante) devant la police.
Ainsi la réalisatrice recentre-t-elle toute l’histoire sur son issue
fatale qui n’est somme toute qu’un fait divers comme tant d’autres. En
tournant le dos à la chronologie, elle passe à côté d’un sujet pourtant
passionnant : le cheminement d’un être humain qui par sa faiblesse se perd
et devient inhumain.
Inspiré par la même histoire, Laurent Cantet dans L’Emploi du temps avait
su, sans massacre final, capter la vacance des journées d’un homme qui ne
fait rien, les implications sociales de ce rien, la facilité et la
perversité du mensonge, l’attraction puissante du vide.
Monique Pujol
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