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Toute la question est de savoir si ce que l’on y apprend est à la mesure
de ce que l’on y oublie. On apprend plus tard dans le film que ce texte
est tiré du roman sénégalais le plus célèbre, qui occupe ici la place
centrale de contrepoint à l’histoire de El Hadj. Là où le roman semble
fonctionner ouvertement comme une parabole de la destinée post-coloniale
de tout un pays (toute une génération) voués à la schizophrénie et à
l’écartèlement destructeur, le film trouve sa voie propre en choisissant
son héros contre son propos. A plusieurs reprises on craint la noyade dans
le « film engagé » avec des dialogues parfois sentencieux et à forte
teneur philosophico politique. Mais comme El Hadj apprend à dépasser le
cadre étroit de ses idées préconçues, le réalisateur en le suivant au plus
près nous sauve d’un film à thèse de plus. C’est au bout du compte à un
homme qu’on s’attache, à ses contradictions, à ses rêves et à ses amours.
En tournant le dos à la tragédie exemplaire, au risque de tomber dans la
banalité et le déjà vu, il nous rappelle que les crises identitaires (à
l’échelle d’un homme ou d’un pays) peuvent aussi être des crises de
croissance. |