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ALL OR NOTHING

Angleterre, 2002. 2h08. Prod : This man Films, Alain Sarde, Studio Canal.
Réal & Sc : Mike Leigh. Mont : Lesley Walker. Im : Dick Pope. Mus: Andrew
Dickson. Avec : Timothy Spall (Phil), Lesley Manville (Penny), Ruth Sheen
(Maureen), Sally Hawkins (Samantha).
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Au jeu du tout
ou rien, les personnages du dernier film de Mike Leigh tendraient plutôt
vers le rien. Ils n’ont et ne sont presque rien : boulots minables,
appartements miteux, corps avachis ; mais aussi et surtout rapports humains
en bout de course. Presque plus d’amour en réserve pour beaucoup trop de
petites humiliations quotidiennes. Le cœur du film est là, ce dont il est
question au fond,c’est de solidarité dans la misère et d’amour au sein de
la famille. Leigh semble vouloir nous démontrer que si, et seulement si,
ces deux cercles concentriques (la solidarité entre voisins, l’amour entre
parents) parviennent à se ressouder, alors ces laissés pour compte
reformeront un tout heureux de leur existence.
Le film s’embarque dans une description d’une double pathologie, sociale et
familiale, des rapports humains mis à l’épreuve par la rudesse de
l’existence. Les décors défaits en sont un supermarché, une maison de
retraite et un taxi –lieux de travail– et une barre HLM – lieu de vie, de
mort et de renaissance. Le récit se déroule selon une trame classique et
sans surprise : exposition croisée des personnages, voisins et amis avec au
centre, une famille à la dérive (mais pas plus que les autres, sa
particularité étant peut-être qu’elle seule nourrit un dernier espoir de
complétude et de « normalité »). Phil est chauffeur de taxi. Son problème
est qu’il a renoncé : c’est sa femme Penny qui tient la famille à coups
d’engueulades, tandis que leur fille fait des ménages dans une maison de
retraite, et leur fils obèse reste au chômage. Viendront la crise et sa
résolution.
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Leigh est à son meilleur quand il se contente de filmer ses personnages en
situation dans leur vie quotidienne : la fille silencieuse qui subit les
avances libidineuses de l’un de ses collègues, les jeunes désoeuvrés dans
la cité. Autant de malaises ordinaires où la caméra parvient à ne pas
jouer les voyeuses. Il perd déjà un peu pied lorsqu’il s’inscrit dans la
veine traditionnelle du cinéma social britannique, du type The Snapper, où
les situations cocasses le disputent aux déclarations d’amour noyées dans
la bière : la soirée au pub, entre filles, des mères de familles, le
chauffeur de taxi aux prises avec une cliente de la haute qui le révèle à
lui-même. Là où il pousse le bouchon trop loin, c’est quand il tire une
situation, qui tient précisément sa force de son incarnation et de son
réalisme, vers le huis clos psychologique, le face à face de théâtre.
Tout compte fait, le film repose presque entièrement sur la finesse de son
analyse psychologique et sur l’interprétation (remarquable) de ses
acteurs. Pour un cinéaste de la trempe de l’auteur de Naked, ce n’est
vraiment pas beaucoup.
Monique Pujol
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