AOÛT (Avant l'explosion)

Israël/France, 2002. Documentaire. Réal, Prod, Sc : Avi Mograbi. Im : Mograbi et Eitan Harris.

Après un extrait du discours de Benjamin Netanyaou annonçant qu’il quitte la direction du Likoud, la trogne d’Avi Mograbi apparaît au centre du cadre, déformée par un grand angle peu flatteur. C’est décidé : son nouveau film sera une chronique quotidienne de ce mois d’août [1999] en Israël. Une sorte d’Avril de Nanni Moretti chauffé à blanc par la canicule : « Chaque mois d’août, on croit qu’on n’a rien connu de pire, alors que c’est en fait un mois d’août normal ». Sa femme (toujours Mograbi, mais affublé d’une serviette de toilette rose en turban) lui reproche un point de vue « pessimiste », et son producteur (encore lui, une casquette de base-ball à l’envers) le harcèle pour obtenir les cassettes du film qu’il n’a pas encore tourné. Mograbi met en scène son propre « blocage » créatif, une situation a priori évitable pour un cinéaste documentaire : des violences quotidiennes au milieu desquelles il vit, il ne parvient à ne rapporter que des enregistrements obliques, des bribes d’affrontements verbaux dans les marges.

Alors qu’il filme l’arrestation d’un Palestinien, un Israélien lui lance « Pourquoi vous ne filmiez pas quand ils jetaient des pierres ? ». En fait de violence, il est surtout pris à parti en tant que caméraman fouineur (« Et si ça sort dans Playboy ? Et si vous vous enrichissez sur mon dos ? s’inquiète un badaud ; – C’est précisément mon intention. J’ai vu que vous étiez une étoile montante… »). Mograbi ne peut obtenir l’autorisation de filmer l’interrogatoire de la femme de l’auteur présumé du massacre d’Hébron, Baruch Goldstein ? Qu’importe, il engage des actrices et leur fait passer des bouts d’essai avant de s’attribuer le rôle – un cheminement déceptif qui fait réfléchir sur l’authenticité de tout témoignage. Balayées par les événements récents en Israël, les frictions qu’il documente au jour le jour paraissent aujourd’hui anodines, et l’entreprise de Mograbi mêlant fiction autobiographique drolatique et documentaire, peut sembler à la limite du dérisoire. Reste l’interrogation à la première personne d’un homme qui n’oublie jamais que son quotidien est, volens nolens, toujours politique, et un style poil-à-gratter aussi fouillis que Michael Moore mais immensément moins complaisant.

Charlotte Garson

Copyright Cinefeuille www.cinefeuille.org. Tous droits de reproduction même partiels réservés.

Réagir sur ce texte