
France, 2001. Prod: Serge Lalou. Réal: Amalia Escriva. Sc: A. Escriva,
Christophe Pellet. Mus: Thierry Blondeau. Mont: Sophie Reiter. Avec: Jeanne
Balibar, Bruno Todeschini, Dominique Blanc, Dominique Reymond.
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Dans l’Algérie
coloniale de 1901, Jean Corveler défend, lors du long procès de
« Margueritte », les fellahs qui ont commis des exactions dans un village
(Margueritte) suite à une interdiction injuste qui leur était imposée. Il
est pris entre deux femmes, Adèle, sa maîtresse de toujours, femme de tête
(Dominique Blanc), et Eugénia, sa jeune épouse psychiquement instable mais
aimante (Jeanne Balibar). Alors qu’Adèle reproche à l’avocat d’organiser sa
défense sur la notion d’irresponsabilité (marque de mépris pour ces
« indigènes » dont il a toujours prétendu soutenir la cause), Eugénia,
esseulée et victime d’un secret de famille – et de Polichinelle - sur sa
propre parenté – glisse lentement vers le suicide.
Ses vers griffonnés dans un carnet, « Le presque rien et le très peu/Je me
retiens à cela même qui cède » résument non seulement la psychologie du
film, mais aussi sa politique et son esthétique. Voilages au vent, costumes
ajourés, couleurs diaphanes, certes mais Avec tout mon amour, loin de
fétichiser cet univers désuet, en dévoile la violence (l’Algérie schizée,
schizophrène comme l’est Eugénia), grâce au jeu de trois actrices
exceptionnelles. La structure narrative à rebours (du type Memento)
maniériste, sinon maniérée, écarte le film historique comme genre et creuse
un sillon bergmanien, avec un entêtement calme. S’il frôle l’académisme,
Avec tout mon amour n’y tombe jamais.
Charlotte Garson
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