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BLUE VELVET

USA.
1986. 2h. Prod : Fred C. Caruso. Réal&Sc :David Lynch. Photo : Frederick
Elmes. Mus : Angelo Badalamenti. Mont: Duwayne Dunham. Avec : Kyle Mac
Lachlan (Jeffrey Beaumont) Isabella Rossellini (Dorothy Vallence) Dennis
Hopper (Frank Booth) Laura Dern (Sandy Williams) |
Jeffrey, jeune
étudiant bien sous tous rapports, trouve une oreille dans un champ ; aidé
par Sandy, la fille d’un inspecteur de police, il mène l’enquête, papillon
de nuit attiré inéluctablement par la flamme du mal. Le reflet d’une robe
en velours, la lueur de folie dans le regard du méchant, Lynch met en scène
son voyage aux enfers en fétichiste et Blue Velvet tient à bien des égards
de l’exercice de style. Sa structure circulaire en est peut-être l’indice
le plus flagrant ; le film s’ouvre et se ferme sur les mêmes images de
parterre de fleurs sur fond de ciel implacablement bleu et sur l’impayable
plan d’un pompier débonnaire juché avec son chien sur son rutilant véhicule
et qui salue le spectateur, un sourire béat aux lèvres, le tout noyé dans
un flou artistique du plus bel effet distanciateur. Car ces images sont
encadrées par un plan fixe de ce fameux velours bleu qui sert d’arrière
plan au déroulement des génériques de début et de fin mais qui surtout
ressemble fort à un rideau de théâtre. Ajoutez à cela l’utilisation de la
chanson éponyme présente dans les deux génériques et vous obtiendrez un
film parfaitement clos : un conte.
Lynch cherche à l’évidence à faire suinter le bizarre de la façade trop
lisse de ces existences ripolinées. Les premières minutes y parviennent
avec élégance, sachant imposer le basculement de l’univers de carte postale
des premières images dans un grotesque tenu parce qu’absurde. Un homme en
bermudas qui arrosait sa pelouse se trouve soudain aux prises avec son
tuyau d’arrosage, tandis que sa femme fixe d’un regard amorphe un écran de
télé où apparaît en noir et blanc un revolver. Dans le jardin la bouche de
l’homme au tuyau récalcitrant se tord en un hurlement muet : crise
cardiaque, piqûre d’insecte ? il tombe raide, le tuyau à la main,
transformé en fontaine, son chien s’obstinant à l’escalader. Tableau
saisissant et réjouissant.
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Hélas la suite n’est pas aussi maîtrisée. L’étrange tourne
essentiellement autour du duo sado-masochiste formé par Isabella
Rossellini et Dennis Hopper. Elle, chanteuse de charme usée et mère
éplorée, lui, psychopathe à la larme et à la gâchette faciles. Ces deux-là
sont trop pleins de cris, de larmes, et de gesticulations pour symboliser,
comme à l’évidence l’auteur le voudrait, le mal et la souffrance. L’envers
du décor se révèle tout aussi caricatural et stéréotypé (le méchant
appelle maman la femme qu’il violente) que sa façade souriante ; le kitsch
sévit de part et d’autre : le film date.
Il constitue néanmoins un brouillon (de luxe) à la réalisation suivante de
Lynch : la série télé Twin Peaks qui en généralise l’étrangeté (elle
s’étend à tous les personnages) et en radicalise les parti pris :
l’absurde s’y épanouit en une esthétique à la fois drôle, belle et
troublante.
Monique Pujol
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