CARNAGES

France, 2002. Réal et Sc Delphine Gleize. Im Crystel Fournier. Son Pierre André. Mont François Quinqueré Mus Eric Neveux. Avec Chiara Mastroianni (Carlotta), Angela Milinas (Alicia), Lio (Betty), Lucia Sanchez (Jeanne), Jacques Gamblin (Jacques). 2h10. Sortie le 13 nov. 2002.

“Tel partit pour un baiser, qui rapporta une tête”.
Henri Michaux, La Nuit remue

Carnages s’ouvre sur une séquence d’habillage d’un jeune torero avant une corrida que l’on pressent funeste, et comprend, entre autres histoires entrelacées, celle d’une mère et de sa fille tragiquement séparées par la mort au moment précis où leur relation était sur le point de se reconstruire. Entre ces éléments scénaristiques, deux actrices hispanophones, un travail particulièrement soigné sur les couleurs (l’acidulé conjure le carmin profond, les lieux sont habilement choisis pour leur potentiel de couleur, comme la piscine), on s’imagine un moment que Delphine Gleize s’aventure sur les traces de Pedro Almodovar. La bizarrerie demeure au centre de Carnages, qui accumule les situations incongrues (Carlotta trouve sa Fiat 500 emboutie par un caddie de supermarché) et fait débouler l’angoisse (toujours liée à une mort violente) au milieu du salon, au coeur du quotidien (une charmante petite fille épileptique inquiète sa maîtresse parce qu’elle voit les animaux plus grands qu’elle; Betty, enceinte, accouche de quintuplés au grand dégoût de son mari infidèle). Le lien entre ces tranches de vie (vu le contexte carnassier, l’expression prend tout son sens ici), c’est moins la corrida que le taureau, la bête morte, dépecée, recyclée jusqu’au moindre organe : la petite fille tremble devant la corrida télévisée, Jeanne et sa mère se retrouvent en voiture derrière le camion qui mène la bête a l’abattoir, Carlotta vend la viande de taureau au supermarché, un vieux garçon et sa mère, taxidermistes, en achètent les cornes, et Jacques, le mari infidèle, analyse les yeux dans son labo.

Malheureusement, ce qui peut être lu comme une parabole (la chair morte de la bête renvoie chacun non seulement à sa propre animalité, mais à sa mort prochaine) tourne à la virtuosité sans objet. Carnages, parti pour “incarner” son sujet, perd constamment de sa substance et s’écoule en dialogues insipides, pour n’être qu’une galerie de personnages cocasses certes, mais peu attachants (en cela, le film rappelle Magnolia de Paul Thomas Anderson). Le taureau de combat semble se réduire à un prétexte esthétique pour faire tenir ensemble autant de courts métrages montés en parallèle. Malgré le titre qui se veut juteux, menaçant, aucun univers fort n’émerge de cet objet formellement homogène mais immotivé. Tel partit pour un grand massacre, qui revint la peau sur les os !

Charlotte Garson

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