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CE QUE VEULENT LES FEMMES (WHAT WOMEN WANT)

Américain. 2h07.
Réal : Nancy Meyers. Prod : Icon Productions et Paramount Pictures. Dis :
Bac Films. Sc : Josh Goldsmith, Cathy Yuspa. Im : Dean Cundley. Mont :
Stephen A.Rotter. Mus : Alan Silvestri. Avec Mel Gibson (Nick Marshall),
Helen Hunt(Darcy McGuire), Marisa Tomei (Lola), Alan Alda (Dan Wanamaker).
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Ce que veulent
les femmes se situe à la convergence de deux visions des rapports
hommes-femmes : l’une qui s’inscrit dans la tradition de la comédie
hollywoodienne de l’âge d’or rompue aux éclats de la guerre des sexes et
l’autre qui prend appui sur une modernité "tendance " aimant à décrire un
monde féminisé à outrance où les mâles perdent leurs repères. Le héros
macho, a man’s man comme l’explique son ex-femme au début du film, se fait
souffler sa promotion par une femme dans la boîte de pub où il travaille,
et il est sommé d’apprendre à séduire un marché féminin, à se mettre à la
place des acheteuses potentielles. Le scénario lui donne un coup de pouce
en lui permettant (suite à un accident) d’entendre ce que pensent les
femmes. Le personnage va pouvoir s’en servir de deux façons (que le film a
l’intelligence d’exploiter l’une et l’autre) : négativement en volant les
idées de sa supérieure avant même que celle-ci ait le temps de les
exprimer, positivement en se mettant à l’écoute, cette fois-ci de façon
empathique, de "toutes " les femmes. Malheureusement c’est avec ce deuxième
temps, qui prend pourtant courageusement en charge la métamorphose du
macho, que le bât blesse. Le scénario se dévide selon le mode "les femmes :
mode d’emploi " sans avoir l’humour corrosif d’un "tout ce que vous avez
toujours voulu savoir sur les femmes sans jamais oser le demander ". Où
l’on apprend donc qu’elles sont fragiles, souvent inquiètes, parfois
hypocrites et craignent d’être blessées en amour !
Tout aussi peu subtile est la transformation du héros qui de macho
caricatural devient plus féminin ; c’est à dire selon le credo féministe ma
non tropo du film : plus sensible, plus humble et plus à l’écoute des
autres (il n’a pas vraiment le choix, assailli qu’il est des pensées de
toutes les femmes, et animaux femelles ( !), qu’il croise).
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La guimauve
de ces bonnes intentions, tenue en respect par le tempo comique pendant
toute la première partie du film, englue définitivement le spectateur au
cours de la dernière demi-heure qui voit Mel Gibson jouer la carte de
l’émotion de plus en plus larmoyante avec pas moins de quatre femmes
successives (une serveuse qu’il libère d’un chagrin d’amour, une employée
qu’il sauve du suicide, sa fille dont il récupère la confiance en trois
phrases et bien sûr l’héroïne).
Reste l’idée, originale, d’un homme qui soudain entend les pensées des
femmes, qui donne lieu à des gags prévisibles mais rendus efficaces par
le jeu des acteurs (la plupart sont hélas condensés dans la bande
annonce). C’est cette idée de base qui relie le plus fortement ce film
aux comédies hollywoodiennes des années trente. En effet elles reposent
sur une prégnance de la parole et il est symptomatique de ce type de
comédies d’imaginer des pensées comme parfaitement verbalisées.
Si Nick tombe amoureux de Darcy et finit par s’entendre avec elle, c’est
qu’il n’y a pas de décalage entre ses pensées et ses propos. Elle réalise
ainsi une utopie de ce type de comédie : celle d’un être de parole, d’un
être qui est entièrement dans ce qu’il dit. A partir de là peut s’établir
entre elle et lui cette "conversation " chère à Stanley Cavell qu’il
décrit comme le mode de discussion et de résolution heureuse des rapports
homme-femme. Dommage alors que le rôle de Darcy soit réduit à une portion
si congrue que la conversation tourne souvent au monologue.
Monique Pujol
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