LE CHÂTEAU DANS LE CIEL (Tenku no shiro Rapyuta)

Japon. 1986. Prod : Studios Ghibli. Réal&Sc : Hayao Miyazaki. Mus : Joe Hisaishi.

En 1986 Hayao Miyazaki et Isao Takahata créent les studios Ghibli, première maison de production indépendante de longs métrages d’animation. Le Château dans le ciel en est la première réalisation, le premier film entièrement voulu et maîtrisé par son auteur. Les thèmes qui lui sont chers s’y imposent avec une belle évidence : l’enfance, le roman d’apprentissage, l’envol (aussi bien littéral que symbolique), la nature, les impasses de l’orgueil et de la technologie.
Sheeta, petite fille tombée du ciel, atterrit dans les bras de Pazu, garçonnet rêveur. Tout deux sont orphelins et chacun est le dépositaire du rêve de ses parents. A charge pour eux de réaliser ce rêve, ou peut-être pas…Sheeta est sans le savoir l’héritière d’une mythique cité volante, Laputa, à laquelle Pazu rêve depuis toujours.
Laputa c’est l’île flottante décrite par Swift dans Les Voyages de Gulliver : Miyazaki mêle, dans ce film tout particulièrement, mythes et civilisations japonaises et occidentales. La première partie du film se déroule ainsi dans une petite ville minière dépeinte avec poésie et réalisme, sur une terre qui ressemble étrangement à l’Europe de la révolution industrielle. Le chemin de fer y oriente les embranchements et les déraillements de la course-poursuite entre les deux jeunes enfants et leurs poursuivants, des plus folkloriques –une rocambolesque famille nombreuse de pirates de l’air, aux plus effrayants – des para-militaires qui paraissent eux beaucoup plus contemporains.

Le Château dans le ciel, semblable en cela au Voyage de Chihiro, suscite un pur plaisir de spectateur retombé en enfance. Les sensations éprouvées tiennent de la jubilation pure et de l’émerveillement devant tant de virtuosité dans l’enchaînement des scènes d’action haletantes (le motif principal étant celui de la poursuite, motif largement traité dans le cinéma d’action américain mais qui ne relève pas ici de vitesse violente et virile mais d’un élan vital), et tant de trouvailles visuelles : la petite fille tombée du ciel dans un halo de lumière, les merveilleux engins volants qui semblent tout droit issus de l’imagination de Jules Verne, et enfin et surtout, Laputa, île mi-arbre mi-étoile de la mort fascinante et effrayante. Cependant Miyazaki ne se contente pas de produire une imagerie belle et inquiétante et un bestiaire de robots et de machines très humain, tout cet univers incarne et reflète une philosophie complexe.
Cette philosophie nous parle d’une civilisation enfouie dont on ne sait si la puissance militaire et l’avancement ont fait sa grandeur ou sa perte. En découle une interrogation sur ce qu’est la véritable puissance : la véritable grandeur de Laputa réside-t-elle dans sa partie verdoyante (sorte de gigantesque arbre qui rappelle la demeure du bienveillant Totoro, esprit de la forêt), ou dans son noyau métallique, grand palais froid et arme de destruction massive ?

Monique Pujol

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