CHER FIDEL (MARITA'S STORY)

Film allemand, français (2000). Documentaire, Biographie. 1h 32. Réalisé par Wilfried Huismann. Avec: Marita Lorenz.

Si Marita Lorenz n’était que l’ex-maîtresse d’un dictateur et l’ex-femme d’un autre – Castro et Marcos Pérez Jiménez –, Cher Fidel se limiterait au genre du portrait élégiaque.Fille d’une actrice américaine et d’un capitaine allemand, Marita tombe dans les bras de Fidel à 19 ans, en 1959, puis, enceinte, subit un avortement sur les ordres dudit Fidel, qu’elle s’entête pourtant à aimer. La « traversée » finale de l’amoureuse est le prétexte du film, qui la suit de New York à Cuba pour revoir ce « vieux chnoque ». Dans sa première demi-heure, les souvenirs certes romanesques mais sordides – une femme fascinée par son père et par au moins deux dictateurs – alternent avec les images d’un groupe de musique cubaine du pire effet illustratif. Mais peu à peu, le portrait se creuse : une heure après le début du film, Marita raconte son viol, à 7 ans, en déportation à Bergen Belsen. Les événements traumatiques sont donc placés au coeur du film plutôt qu’en son début, lui donnant une dynamique de suspense, et suggérant des chaînes causales aussi subtiles qu’effrayantes.

Reprenons : après son avortement forcé et son enrôlement dans la CIA, elle est sommée d’assassiner Castro lors d’une nuit d’amour et de retrouvailles (une aubaine pour son coeur d’artichaut), mais Mata-Hari flanche et se retrouve, ça lui apprendra, membre de la brigade de pénétration anticommuniste de la CIA dirigée par l’ignoble Gerry Heming. « Nous étions des bandits très heureux. Mais vraiment de dangereux bandits. » Cela dure jusqu’en 1981, avec un passage par le FBI. Plus que les coulisses du régime castriste, ce sont les rouages des services secrets américains que le film dévoile, partiellement mais efficacement.
Mais qui parle, ici, au juste? On se surprend à oublier cette question simple, devant la cascade des révélations. Un historien? - la voix-off du réalisateur et les petites scènes discrètement romancées qui ponctuent le film comme s’il faisait oeuvre d’historien pourraient nous le laisser penser- non : Marita. Ce qui fascine dans Cher Fidel, c’est que la parole de l’espionne – aujourd’hui femme âgée et démunie – devient peu à peu notre seule vérité. Une parole qui, alors qu’elle devrait faire l’objet d’une extrême circonspection, apparaît devant nous comme entière, indubitable. La parole d’une femme qui ne fut jamais plus victime que quand elle fut “forcée” de devenir bourreau.

Charlotte Garson

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