LA CITE DE DIEU (CIDADE DE DEUS)

Brésilien. 2001. 2h11. Réal : Fernando Meirelles. Coréal : Katia Lund. Sc : Braulio Mantovani, d’après le roman de Paulo Lins. Im : César Charlone. Mont : Daniel Rezende. Mus : Antonio Pinto. Avec : Alexandre Rodrigues, Leandro Firmino da Hora, Seu Jorge, Philippe Haagensen.

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La Cité de Dieu est le nom, ironique mais vrai, de l’une des favellas de Rio de Janeiro, aux habitants oubliés de tous, dieu y compris. Le film est leur histoire à la manière des récits riches en personnages aux destinées abruptes et aux péripéties infinies que l’on croise dans la littérature sud américaine à la Garcia Marquez. Il est tiré d’un roman foisonnant (180 personnages) écrit par un enfant de la cité.  
La chronique s’ordonne en trois parties faisant chacune l’objet d’un traitement cinématographique spécifique : les années soixante cadre d’un banditisme romantique à la Robin des bois sont filmées classiquement, tout s’emballe dans des seventies très peace and drogues pour débouler sur des années quatre-vingt marquées au sceau de la techno et d’un montage épileptique, où la drogue est devenue la denrée phare du capitalisme triomphant. A travers ces trois décennies le film décrit en effet le processus irréversible de criminalisation de plus en plus organisée de la cité. Une histoire vraie qui fait froid dans le dos tellement les rouages modernes de l’entreprise y côtoie un système pour le moins féodal. Petit Dé (sorte de Little Caesar en culottes courtes) assure son ascension fulgurante en éliminant froidement toute la concurrence. Arrivé au sommet il fait régner l’ordre dans sa cité à la tête de toute une organisation très hiérarchisée de gérants, revendeurs et coursiers de 7 à … 17 ans. Il faut en effet préciser que dans la cité de dieu l’espérance de vie est très, très basse.

Pour nous accompagner à travers ces trente années de chaos le réalisateur l’œil du spectateur dans celui, toujours aux aguets, d’un personnage principal-narrateur en voix-off et témoin impuissant, hors du coup, des trajectoires entrecroisées de quelques figures hautes en couleur de la cité. Fusée, c’est son nom, est aspirant photographe, ce n’est pas anodin. La profession, dans toute son ambiguïté, met en avant les deux aspects quasi schizophréniques du film : il s’agit pour le réalisateur de produire une image esthétique choc (la photo comme magnification de la réalité) et de réaliser un photo reportage (la photo comme traque de la guérilla).
On imagine aisément que le film marche, ou plutôt court, sur une corde particulièrement raide, entre efficacité dans la dénonciation, d’autant plus atroce que belle, et racolage facile. Reste un troisième aspect de la photo, ni artistique, ni journalistique, qui a pourtant sa place dans le film et qui en fonde la structure nostalgique de chronique de la vie d’un quartier : c’est la photo souvenir. Se sont les photos que Fusée prend de ses amis, sur la plage, photos d’une innocence qui existe non pas malgré la violence mais à côté d’elle, entremêlée à elle. Chacun d’ailleurs va y être peu à peu aspiré : la jeune fille qu’il aime devient la petite amie d’un caïd, le play-boy qu’il jalouse se perd dans la drogue. Quant à Fusée le glissement chez lui est à l’image de la progression du film, gagné peu à peu par le cynisme et l’ivresse de l’image pour l’image : il passe de la photo comme rêve d’une existence meilleure pour ce sortir du ghetto, à la photo de vacances pour plaire aux filles, à la photo de journaliste pour gagner sa vie, et pour finir à la photo à sensation, pour la gloire. Comme son personnage le cinéaste est doué et sa virtuosité tend à souligner gratuitement les scènes de violence. Cependant, en dépit du clinquant publicitaire des images et du montage, perse une réalité d’une noirceur telle que le spectateur n’est pas prêt de l’oublier.

Monique Pujol

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