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Peter Greene est à la recherche de sa fille (âgée dune dizaine dannées, elle lui a été retirée la mère est morte). Il la cherche physiquement (en voiture), mais aussi sur les boîtes de lait où saffichent les visages de "missing children". Il cherche à recomposer quelque chose de brisé, à remettre de lordre dans ces fragments de discours quil entend, et qui nont pas même le statut rassurant de souvenirs. Son corps quil blesse et fait saigner ? Ces cicatrices ne seront rien, en regard des lambeaux quil se sent être. Dans le film, la fragmentation est aussi un thème, que lon retrouve dans les rapports denquête concernant le meurtre dune petite fille dans le motel où Peter a séjourné (on prend des photos de ses membres, en en décrivant létat respectif). Le fragment, cest une partie dun tout perdu. Lart de Lodge Kerrigan dans Clean, Shaven (voir notre entretien exclusif) consiste à questionner le hors champ, et à rendre problématique lidée reçue selon laquelle le montage dun film choisit des moments dune "réalité" narrative, dun tout vraisemblable auquel on accorde quelques ellipses qui ne nuisent en rien à la compréhension. Ce présupposé narratif ne peut plus fonctionner dans le cas dune identification partielle de la caméra avec le point de vue dun protagoniste schizophrène. Ce travail sur le montage (sonore et visuel) qui thématise la fragmentation aussi bien narrative que psychologique, donne ses meilleurs accomplissements structuraux dans le système déchos qui contribuent à notre empathie envers Peter. Le détective, excellemment interprété par Robert Albert, refait pas à pas le trajet de son suspect, au point de quasiment sidentifier à lui ; ainsi lorsquun plan souvre sur un homme en voiture qui frappe violemment son volant, il faut un certain temps pour réaliser quil sagit du détective et non de Peter. Comme Peter, il dit à la mère adoptive de Nicole Winter : "Cette petite fille a besoin dun père". Le détective parcourt les photos denfance de Peter, chez sa mère, pour essayer de cerner son identité psychique ; comme lui, Peter feuillette les illustrés de la bibliothèque, pour retrouver une photo de Nicole parmi les clichés de bébés. Autant de parallèles qui brouillent non seulement les pistes de lenquête, mais aussi les limites entre folie et normalité. De la schizophrénie, ce nest plus laspect criminel qui nous est montré, mais la souffrance, au quotidien. Libre à nous, cependant, de ny voir quun thriller où un psychopathe dangereux est finalement pincé cest peut-être, ce que nous ne cessons de faire, dailleurs, dès quil est question de maladie mentale : nous ne la prenons jamais davantage en considération que lorsquelle se fait menaçante La fin de Clean, Shaven perdrait à être racontée ; elle est lune des plus poétiques qui soit, lune des plus bouleversantes aussi. Charlotte Garson Copyright Cinefeuille www.cinefeuille.org. Tous droits de reproduction même partiels réservés. |