DANCER UPSTAIRS (THE DANCER UPSTAIRS)

USA, 2002. Réal : John Malkovich. Sc Nicholas Shakespeare. Im José Luis Alcaine. Mont Mario Battistel. Son Antonio Bloch. Mus Pedro Malgheas. Avec Javier Bardem (Rejas), Juan Diego Botto (Sucre), Laura Morante (Yolanda), Elvira Minguez (Llosa). 2h 15 mn.

En 2001, Bernard Bénoliel avait composé, pour le festival de Belfort, une programmation intitulée « Cinéastes d’un film » dans laquelle se côtoyaient écrivains (Jean Genet, Samuel Beckett), artistes (Marce Mariën) et surtout acteurs, de James Cagney à Jean Seberg, de Robert de Niro à Charles Laughton. Malkovich, acteur intéressant, fait lui aussi l’expérience de la réalisation, et il commence directement avec un long métrage, un casting connu et un sujet ambitieux. Hélas, au vu du résultat, on ne peut que lui souhaiter de demeurer le « cinéaste d’un film » !
Situé dans un pays d’Amérique du sud inutilement innommé (que l’on reconnaît être le Pérou, secret de Polichinelle), Dancer upstairs tente de saisir aux tripes le spectateur en entrelaçant une trame politique (un ancien avocat, devenu flic antiterroriste, pourchasse le dangereux leader d’un groupe d’extrême gauche sectaire calqué sur le Sentier lumineux) et l’intrigue romantique (les deux acteurs étant d’une grande beauté, on comprend sans trop de psychologie pourquoi ils tombent amoureux l’un de l’autre). Une fois étalés en scènes d’exposition éléphantesques les éléments du drame national –la déclaration de la loi martiale dans le pays, qui ôte au policier ses prérogatives d’enquêteur au profit d’une armée brutale – Malkovich se contente de lancer au spectateur, pas dupe, une poudre aux yeux politique qu’il voudrait sans doute faire passer pour un propos engagé. Mais comme il le dit lui-même dans un aveu de superficialité, « J’ai lu certains communiqués du Sentier Lumineux mais son idéologie ne m’intéresse pas vraiment. » Qui lui demandait de s’y intéresser ?

Le réalisateur ne se refuse pas une pointe d’humour, franchement de mauvais goût (des cadavres de chiens sont exposés dans la ville par les terroristes, et le flic affirme à son collègue qu’il « ne faut pas écarter la piste d’un amoureux des chats ») convaincu dirait-on que c’est dans un film « total » (amour, suspense, politique et comédie) que ses talents de mise en scène exploseront. Pétard mouillé ! Cousu de fil blanc et de petites scènes qui finissent sur un bon mot (« c’est seulement une jeune femme : 72% d’eau »), le fil repose sur la performance d’un Javier Bardem massif mais peu à l’aise en anglais et sur le personnage peu vraisemblable d’une prof de danse (il faut voir Laura Morante, au demeurant grâcieuse, entamer une pseudo-chorégraphie heureusement coupée au montage dès les premiers pas). A bien y regarder, on trouve dans la vision des femmes de Malkovich une nette tendance au conformisme macho : l’épouse, laide et artificiellement bronzée, est un bas-bleu qui écrit des nouvelles à l’eau de rose uniquement lues par ses amies toutes aussi liftées les unes que les autres, ce qui permet au personnage joué par Bardem de ne pas baisser dans notre estime malgré son amour adultère. La maîtresse, passionnée et « artiste », est évidemment insaisissable, éthérée. Une fois de plus, l’archétype de la danseuse mille fois observée, encadrée, voyeurisée par le regard de l’homme, sert de cache-misère scénaristique. Que Malkovich se hisse, s’il lui prend de récidiver, sur ses propres pointes !

Charlotte Garson

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