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DOLLS

Film allemand, français (2000). Documentaire, Biographie. 1h 32. Réalisé par
Wilfried Huismann. Avec: Marita Lorenz.

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Kitano, on le sait quand on a
vu Hana-bi et Sonatine, est un grand cinéaste. Même dans des
films plus mineurs comme L'Eté de Kikujiro et Aniki, mon frère,
il insufflait par la grâce de sa mise en scène de grands moments qui
faisaient oublier la mièvrerie guettant le premier ou les facilités
narratives du second. Dolls compte aussi quelques plans bien filmés,
des plans de film noir surtout. Après un massacre, présent au son uniquement,
un plan fixe où un ascenseur n'arrive pas à se fermer à cause d'un corps
suffit à rappeler le grand talent de Kitano. Le problème, c'est que ce plan
est perdu au milieu de trois histoires artificiellement rapprochées par de
petites poupées. Belle idée de distanciation que d'utiliser le Buraku,
théâtre de marionnettes japonais, mais idée vaine car ici elle ne joue pas
vraiment, à peine deux minutes, les plus belles du film.
Ce qui est montré à la place,
ce sont trois histoires - donc le premier degré simpliste de la réalité -
celle des mendiants enchaînés, celle du mafieux qui est passé à côté de
l'amour, et celle du fan qui s'est rendu aveugle. A chaque fois, la légende
et la tragédie sont en jeu. La deuxième a quelques beaux moments ; la
troisième quelques aspects amusants ; la première est totalement mièvre. Le
problème, c'est que la première histoire est longue, très longue, et qu'elle
revient comme un rappel. La troisième histoire se termine, et, surprise, le
film reprend son parallélisme. Dolls continue pendant plus d'une
demi-heure, étalant tout ce qu'on savait déjà.
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Le manque absolu de rythme du
film est surprenant chez un cinéaste qui avait si bien su jouer le tempo
juste, le plan qui dure mais qui dure à bon escient. L'ennui tue le film. On
se contente de regarder la mise en scène puisque l'histoire est niaise.
Malheureusement, elle est totalement académique. Kitano se laisse berner par
des images, toutes des lieux communs romantiques : les amants marchent
derrière des arbres, derrière des fleurs blanches, derrière des feuilles
rouges, dans la neige. Dolls accumule les plans de marche gratuitement
esthétiques, esthétiquement gratuits. Si on ajoute à cela la constante
mièvrerie du film, une seule question vient à l'esprit : comment Kitano
a-t-il pu se fourvoyer à ce point ? Peut-être l'esthétique du film (neige,
décor, costumes colorés) ne lui convenait pas, peut-être qu'être producteur,
scénariste, réalisateur et monteur de ses films est une mauvaise chose. Le
titre - Dolls, les poupées - rend bien l'idée du rapport aux
personnages : ce sont des pions que l'on regarde de loin, sans jamais être
touché alors qu'ils aiment, souffrent, sombrent dans la folie. Le spectateur
ne peut, quant à lui, sombrer que dans une seule chose : le sommeil.
Martin Drouot
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