
Espagne/Mexique, 2002. 1h46mn.Prod Pedro Almodovar. Réal G. del Toro. Sc G.
del T., Antonio Trashorras, David Munoz. Im Guillermo Navarro. Mont Louis de
la Madrid. Mus Javier Navarrete. Avec Eduardo Noriega (Jacinto), Marisa
Paredes (Carmen), Federico Luppi (Casares), Fernando Tielve (Carlos). Sorti
en France le 8 mai 2002.
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L’orphelinat Santa
Lucia, qui accueille des enfants de républicains en pleine guerre
d’Espagne, est le théâtre idéal d’un fantastique de pensionnat. Le fantôme
d’un enfant mort qui le hante inquiète à peine plus que la jambe de bois
de sa directrice et la spécialité de son directeur, un alcool de fœtus
fermentés (Paredes et Luppi, bunueliens mais sous-employés). Dans un décor
aux couleurs allant du brun au glauque, la rangée de ciseaux à poisson le
dispute aux eaux troubles du lavoir. L’énorme bombe désamorcée qui a chu
au milieu de la cour sans exploser et résonne encore comme un coquillage
aurait pu entrelacer de façon passionnante le destin d’un pays à celui
d’une institution. Mais l’univers des peurs enfantines demeure, dirait-on,
un prétexte pour évacuer le politique, réduite à une (belle) scène entre la
directrice et son vieil amoureux transi et à une exécution sommaire
d’anti-franquistes. Celle-ci fait davantage frissonner que l’apparition du
fantôme ; on pouvait donc espérer que Guillermo del Toro pousse cette
inversion des effets respectifs des deux genres (fantastique et
résistance politique) plus loin qu’une vague parabole. Le lien entre
politique et horreur est ici tissé assez banalement dans le parallèle
entre l’exhibition gore des blessures de guerre et la relation
qu’entretient l’homme à tout faire (Eduardo Noriega), ancien pensionnaire
devenu grand frère maléfique, avec des défenseurs de « la cause » qui ne
sont en fait que des opportunistes. Dommage que ce soit précisément ce
personnage falot de brute décérébrée qui ait été choisi comme colonne
vertébrale de L’Echine : en préférant la superposition à
l’articulation entre horreur et politique sous l’aspect facile du fait
divers, Guillermo del Toro maintient à distance les « vrais » fantômes.
Charlotte Garson
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