Le Japon est une île tellement
peuplée que les disparitions y sont chose commune ; un mot a même été inventé
pour qualifier cette ‘évaporation’. En 1967 Imamura s’est prêté au jeu de
l’enquête filmée en répondant à la sollicitation d’une jeune femme dont le
fiancé avait disparu.
Avec ce très beau documentaire
méconnu, Imamura opère par l’évaporation d’un genre, le cinéma-vérité, la
révélation de la nature essentiellement fictionnelle de son véritable sujet,
le cinéma.
La première partie du film prend
la forme d’une enquête policière et se déploie principalement dans l’espace.
Le réalisateur et son équipe suivent la trace du disparu, son dernier voyage
d’affaires, le dernier lieu où il a été aperçu ; c’est l’impasse.
Faute de retrouver l’homme
« évaporé » le cinéaste limier trouve au cours de son enquête un personnage,
celui de la fiancée délaissée, et le mystère qu’elle véhicule, sa haine
envers sa sœur, jadis geisha puis femme entretenue. Le film glisse alors
d’une intrigue à une autre, du fait divers à la psychologie, de l’extérieur à
l’intime. Il entreprend dans un deuxième temps une plongée vertigineuse dans
les rapports entre les deux sœurs. A mesure que leur face à face se précise,
la fiction l’emporte sur le documentaire. A tel point que le cinéaste finit
par se demander s’il n’a pas été manipulé par la fiancée qui se sert du film
plus pour avoir le premier rôle et mettre sa sœur en accusation que pour
retrouver le disparu.