L'ÉVAPORATION DE L'HOMME (NINGEN JOHATSU)

Film japonais. 1967. 2h10. Réal & Sc & Prod : Shohei Imamura. Im : Kenji Ishiguro. Son : Kunio Takeshige. Mont : Mutsuo Tanji. Mus : Toshiro Mayuzumi. Avec : Shigeru Tsuyuguchi, Yoshie Hayakawa, Sayo Hayakawa, Shohei Imamura .

Le Japon est une île tellement peuplée que les disparitions y sont chose commune ; un mot a même été inventé pour qualifier cette ‘évaporation’. En 1967 Imamura s’est prêté au jeu de l’enquête filmée en répondant à la sollicitation d’une jeune femme dont le fiancé avait disparu.

Avec ce très beau documentaire méconnu, Imamura opère par l’évaporation d’un genre, le cinéma-vérité, la révélation de la nature essentiellement fictionnelle de son véritable sujet, le cinéma.

La première partie du film prend la forme d’une enquête policière et se déploie principalement dans l’espace. Le réalisateur et son équipe suivent la trace du disparu, son dernier voyage d’affaires, le dernier lieu où il a été aperçu ; c’est l’impasse.

Faute de retrouver l’homme « évaporé » le cinéaste limier trouve au cours de son enquête un personnage, celui de la fiancée délaissée, et le mystère qu’elle véhicule, sa haine envers sa sœur, jadis geisha puis femme entretenue. Le film glisse alors d’une intrigue à une autre, du fait divers à la psychologie, de l’extérieur à l’intime. Il entreprend dans un deuxième temps une plongée vertigineuse dans les rapports entre les deux sœurs. A mesure que leur face à face se précise, la fiction l’emporte sur le documentaire. A tel point que le cinéaste finit par se demander s’il n’a pas été manipulé par la fiancée qui se sert du film plus pour avoir le premier rôle et mettre sa sœur en accusation que pour retrouver le disparu.

 Il en vient à interroger son propre projet et la mise à nu des sentiments va de pair avec la mise à nu du dispositif cinématographique. Processus parallèles qui culminent conjointement lorsqu’une séquence particulièrement tendue s’achève par le démantèlement du décor autour des personnes-personnages soudain révélés acteurs. Une traversée des apparences qui nous laissent avec des murs amovibles, des projecteurs, des caméras et des incertitudes.

Qui ment, qui dit la vérité ? Où s’arrête le documentaire et où commence la fiction ?

 

Monique Pujol

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