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LA FAMILLE TENENBAUM
(THE ROYAL TENENBAUMS)

Etats-Unis, 2001. Réal Prod Wes Anderson. Sc W.Anderson, Owen Wilson Im
Robert D. Yeoman. Mont Daniel R. Padgett. Mus Mark Mothersbaugh. Avec Gene
Hackman (Royal Tenenbaum), Anjelica Huston (Ethel Tenenbaum-Sherman), Ben
Stiller (Chas), Gwyneth Paltrow (Margot Helen). Sorti en France le 13 mars
2002.
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Une famille américaine de génies (si, cela existe)
richissime et névrosée se recompose tant bien que mal dans un New York
imaginaire (la 375ème rue, avenue Y pour être imprécis) autour
d’un père fantoche qui donne son nom au titre-jeu de mot (Royal est le
prénom du père, en même temps qu’une référence à une improbable famille
royale). Les personnages en sont décrits dès l’ouverture selon un montage
délibérément télévisuel ponctué d’une voix-off tantôt hilarante, tantôt
horripilante. Ainsi, deux des enfants surdoués campent une nuit dans
l’aile africaine des Archives nationales : Wes Anderson vise l’ effet
comique d’un intellectualisme somme toute exotique aux Etats-Unis tout en
rendant un hommage affectueux à Truffaut, qu’il vénère. Jamais installé
dans le cynisme d’un Todd Solondz, Anderson s’en sort plutôt bien au
début, car la cohabitation forcée de la famille fait entrer en collision
leurs psychés déjantées moins selon un point de vue freudien que sous
l’œil d’un enfant pervers observant les insectes qu’il a mis sous verre
s’ébattre et s’entredévorer. Voici donc Margot (Palthrow), compulsivement
secrète (la trentaine, elle fume depuis qu’elle a 12 ans mais met un point
d’honneur à le cacher), Chas (Ben Stiller), obsédé par la mort, entraînant
ses enfants à des exercices d’évacuation en pleine nuit ; ou encore – la
meilleure pioche peut-être en salaud pitoyable – le père (Gene Hackman)
qui veut racheter son retour en famille en se prétendant mourant (ses
pilules s’avèrent être des tic-tac).
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A côté d’eux,
l’aveu de la mère (Anjelica
Huston) de n’avoir pas fait l’amour depuis 18 ans paraît d’une normalité
maladive. Un « tableau de famille » un peu indigeste, sur des extraits de
chansons des Beatles qui alourdissent la bande-son, mais dont le ton
dépressif parvient à transmettre un désoeuvrement existentiel d’enfant
seul que les anglophones appellent « ennui ». Dans l’affaire, le
roman familial n’est pas seulement celui de chaque personnage (enfant
naturel ou adopté), c’est aussi le rapport nostalgique et flou d’un jeune
réalisateur quant à son propre univers de référence, de Welles à Scorsese,
de Jules et Jim au Feu follet et de Ravel à « These Days »
de Nico.
Charlotte Garson
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