|
|
||||||
|
Bernadette Lafont/Marie (elle portera le même prénom chez Eustache…) apporte la bonne nouvelle. Elle n’est pas enceinte (elle épingle les articles sur les contraceptifs) et accroche ce qu’elle a enregistré du monde, des bribes de voix masculines, haut, bien haut, dans une église. Il faut monter pour éteindre ces voix… A sa manière, elle est aussi cinéaste, de plus en plus hors pair à mesure qu'elle apprend à enregistrer au magnétophone, à se servir des autres. Convoitée par tous, elle ne veut personne, et c’est là sa force. Ne seront épargnés ni le paysan voleur, ni la patronne lesbienne, ni le maire, ni le scout, ni le commerçant. Le facteur, le pauvre, si amoureux et si éconduit, l’épie en faisant des leçons de morale, ce qui donne droit à quelques plans caustiques d’hommes regardant le voyeur en train d’épier Marie. Et elle le sait, allant jusqu’à mettre en scène le regard des autres. La Fiancée du pirate est le titre d’un film du cinéma ambulant que Marie n'a pas vu mais qu’elle joue à sa manière. Sous les abords du conte (comme La Comtesse aux pieds nus), le film de Kaplan se hisse vers la fable morale, presque religieuse. Les beaux plans de paysage contrastent avec la laideur et le grotesque des villageois. Les branches recouvrent la cabane, Marie se cache dans la forêt, et eux restent désespérément à l’air libre, sous un ciel écrasant, gris, celui de la médiocrité et du refoulement. Marie, elle, se défoule, et nous amuse. Elle les baise tous et fait son cinéma. Son corps, son arme, c’est celui rayonnant, fier, de Bernadette Lafont qui éclabousse de sa beauté ce film décapant. Martin Drouot Copyright Cinefeuille www.cinefeuille.org. Tous droits de reproduction même partiels réservés. |
LA FIANCÉE DU PIRATE
Nelly Kaplan
![]() France. 1969. 1h47. Prod: Claude Makovski. Dis: Ciné Classic. Réal Nelly Kaplan. Sc: Nelly Kaplan & Michel Fabre, Jacques Berguine, Claude Makovski. Im: Jean Badal. Mus : George Moustaki. Avec: Bernadette Lafont, Georges Géret, Michel Constantin. |
|