LE FLASH-BACK

Etymologiquement, le flash-back désigne le retour en arrière. Il interrompt le déroulement chronologique d'un récit par le rappel d'événements passés. Sa fonction est purement littéraire, lorsque, comme dans les romans, le flash-back raconte un souvenir, un événement. C’est pourtant un terme typiquement cinématographique qui s’est étendu à la littérature (le mot date en français de 1923) : il peut être sonore, mais la plupart du temps il est lié à l’image – un flash. L’image du passé devient ce que voit au présent le spectateur, qui en oublie parfois qu’il s’agit d’un flash-back.

 Le flash-back : comprendre

Sang et Or de Jafar Panahi commence par le meurtre d’un bijoutier et le suicide du tueur ; le film raconte les quelques jours qui ont précédé le drame et nous enjoint donc à comprendre. Les images d’errance du personnage, le futur tueur, sur sa mobylette de livreur de pizza n’ont plus tout à fait le même sens, le personnage est marqué par son geste initial, geste qui justifie qu’on raconte son histoire. Le personnage entre dans la bijouterie plusieurs fois, chaque scène pouvant être la dernière : le flash-back tend le récit, et en apportant une attente, il crée du suspense. Le flash-back est ici une plongée dans les abîmes d’un personnage, décidée par une instance supérieure à l’histoire, le narrateur.

Le flash-back permet de faire adhérer à un personnage, à ses pensées, voire de connaître toute sa vie. Dans Kill Bill, Tarantino fait du flash-back le sujet même de son film, une immense digression, où chaque personnage a son histoire qui mérite d’être racontée – désir du démiurge de vouloir raconter l’histoire totale, toutes les histoires. Tarantino trouve pour chaque personnage un style, un flash-back différent allant parfois jusqu’au morceau de bravoure avec le récit en manga de la tueuse. Dans ce film, comme dans les autres films de Tarantino, le flash-back donne une vérité du personnage dans un pur plaisir du récit. A l’opposé, le flash-back du film de Panahi pourrait être une démonstration, mais Sang et Or ne prouve rien, n’explique pas le geste du personnage qui repose sur l’idée d’absurde, d’injustice. Le flash-back est dès lors moins univoque qu’il y paraît.

 Le flash-back : ne plus comprendre

Le flash-back est aussi un moyen de brouiller les pistes. C’est le cas des flashes back multiples qui se contredisent ou se complètent, dont le maître serait sans nul doute Mankiewicz. Dans La Comtesse aux pieds nus, les flashes back entourent le personnage principal de mystère, chacun croit détenir la vérité de la femme/actrice, mais à chacun échappe une part d’elle, et la somme des flashes back laisse un sentiment d’incomplétude. Le seul qui détient ses secrets est le personnage du cinéaste (Bogart), comme si seul l’art était à même de la saisir.

La flash-back laisse une grande part à l’imaginaire, se permettant de représenter parfois l’impossible. Dans Big Fish, les flashes back apportent une contradiction au présent quotidien, réaliste, du père mourant. Ils illustrent son imaginaire, la rencontre d’un géant, d’un directeur de cirque, d’une femme, tout est de l’ordre du merveilleux. Son fils ne veut pas y croire, mais le film nous montre les images du monde imaginaire, menant une dialectique entre souvenirs montrés (réalisés, rendus réels par les images) et niés (par les mots du fils). Le flash-back n’est donc pas tant une vérité qu’un questionnement.

 C’est pour cela qu’il est particulièrement lié à un genre : le film noir, et à son époque, les années 40, une ère de guerre, de complots, de suspicion, où on recherche la vérité, pour peut-être dire qu’elle est plus complexe qu’elle en a l’air (Assurance sur la mort date de 42, Citizen Kane de 41). Le retour du flash-back, en particulier aujourd’hui dans la dramaturgie américaine, est le révélateur de la paranoïa d’une époque.

Martin Drouot

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