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Le rétrécissement de Scott, sil est continu, découpe néanmoins le film en trois phases qui sont fonction de son degré déloignement de la "normalité ", de lhumanité. Dans la première phase Scott est forcé dadmettre quil rétrécit, il est angoissé mais sen remet à la science et à sa femme, il possède encore une taille acceptable. Cependant le manque dargent la forcé à vendre son histoire aux médias, ce qui commence déjà à faire de lui une curiosité. Cette phase se clôt sur ce qui aurait pu être un happy end : la fausse trouvaille des scientifiques qui parviennent (temporairement mais nous ne le découvrirons que plus tard) à stabiliser sa taille. Notre héros est alors devenu nain, il ne supporte plus cette "monstruosité " et senfuit de chez lui, cest la deuxième phase. Dans sa fuite Scott se rend dans une fête foraine et se dissimule à demi derrière un panneau annonçant un spectacle de "freaks " et notamment la femme la plus petite du monde que lon voit alors à lécran et que Scott contemple avec le regard intimidé et terrifié de lhomme qui découvre son avenir dans un miroir. Cest cette jeune fille qui va lui redonner goût à lexistence en lui révélant que différence ne signifie pas monstruosité. Cest la plus brève des trois phases mais son importance est capitale et ce à double titre : dans léconomie narrative du film cest un seuil psychologique décisif que franchit le héros en acceptant une première fois son sort et sa différence. Dautre part il sagit dun moment de dialogisme filmique : Arnold saffirme ici comme lhéritier de Tod Browning (cf. L'Inconnu) et reprend à son compte la dimension profondément humaniste de ce cinéaste de la difformité. Avec cet épisode le film fantastique bascule dans une autre dimension. Laventure, humaine autant que terrifiante - et la peur que distille le film est dautant plus efficace que cette humanité blessée du héros est palpable, va pouvoir commencer (à ce stade il nest rien arrivé dautre à Scott que dêtre harcelé par des curieux et des journalistes). Car bien sûr la quiétude et lespoir retrouvés de Scott ne sont que temporaires, ils supposent en effet une stabilisation de son état et son installation au sein dune nouvelle communauté humaine. Or il se remet à rétrécir, comment pourrait-il en être autrement, ce serait aller contre lessence asymptotique du film, particule inexorablement active et tendant vers linfini. Débute alors la troisième phase qui senchaîne sur une ellipse : Scott nest désormais pas plus haut quune souris. Traqué par le chat de la famille alors que sa femme est sortie, il tombe dans la cave et sa femme, ne le trouvant plus, le croit mort. Dès lors, seul dans son nouvel univers, il nappartient plus à aucune communauté et il devient lincarnation du premier homme prisonnier dun environnement hostile. Robinson Crusoë, il réinvente larme au moyen dune aiguille à coudre et le feu avec une allumette. Les objets les plus banals révèlent ainsi des facettes inattendues; de ce "parti pris des choses " (entrent aussi en jeu une boite dallumettes, une bobine de fil, un reste de gâteau) surgit une poésie. Scott va devoir se battre pour survivre, pour se nourrir, mais surtout il va dépasser cette dimension purement matérielle, dépasser sa propre matérialité. Pour vaincre laraignée - transformée en monstre géant : nul besoin de Godzilla quand cest lhumain qui rétrécit ! -, il va jusquau bout de sa fatigue et de sa peur. A lissue du combat, il passe en un plan du physique au métaphysique. Sa taille, handicap de plus en plus lourd, devient un atout et lui permet de passer entre les barreaux de la cave donnant sur le jardin. Ce passage est symbolique : Scott bascule dans un univers mental où se rejoignent les deux infinis pascaliens (linfiniment grand et linfiniment petit) et laffirmation de la valeur de lexistence quelle que soit la forme quelle prenne. Le film se perd alors dans son rêve dinfini, narrativement dans le soliloque lyrique du héros et visuellement dans un plan de ciel étoilé, sans fond, dont la notion même de taille ou de proportion disparaît. Monique Pujol Copyright Cinefeuille www.cinefeuille.org. Tous droits de reproduction même partiels réservés. Soliloque final du héros : Scott Carey : "I was continuing to shrink, to become...what? The infinitesimal? What was I? Still a human being? Or was I the man of the future? If there were other bursts of radiation, other clouds drifting across seas and continents, would other beings follow me into this vast new world? So close - the infinitesimal and the infinite. But suddenly, I knew they were really the two ends of the same concept. The unbelievably small and the unbelievably vast eventually meet - like the closing of a gigantic circle. I looked up, as if somehow I would grasp the heavens. The universe, worlds beyond number, God's silver tapestry spread across the night. And in that moment, I knew the answer to the riddle of the infinite. I had thought in terms of man's own limited dimension. I had presumed upon nature. That existence begins and ends is man's conception, not nature's. And I felt my body dwindling, melting, becoming nothing. My fears melted away. And in their place came acceptance. All this vast majesty of creation, it had to mean something. And then I meant something, too. Yes, smaller than the smallest, I meant something, too. To God, there is no zero. I STILL EXIST!"
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