L'INSERTL’insert est le très gros plan d'un objet ou d'une partie du corps (le regard par exemple). Il a donc un impact très fort sur le spectateur, lui indiquant de façon dictatoriale ce qu’il faut regarder, et le privant de parcourir du regard une étendue (le plan large). C’est un regard obligé.
L’Insert comme rythme
L’insert coupe. Il cache le visible pour mettre l’accent sur sa présentation, son rythme. Plusieurs inserts à la suite donne une musicalité dont ont joué les cinéastes de l’abstraction – Duras, Cavalier ou Resnais.
Dans Muriel ou le temps d’un retour, une suite d’objets dans un café est déclinée comme autant de notes de musique : verres, tasses, assiettes... Le montage des gros plans donne l’idée d’un lieu, de façon moins banale que l’aurait fait un plan large. Et surtout Resnais favorise dans ce film la décomposition des mouvements (personnages marchant dans la rue), des temps (les images super-8, les souvenirs qui ne s’accordent plus au présent), des espaces (Boulogne-sur-mer/Algérie) et des objets (Hélène, le personnage principal est antiquaire). Un lieu ne peut plus être pris dans un ensemble (plan large) ; c’est une vision parcellaire, très Nouveau Roman, qui seule peut montrer non pas la chose elle-même, mais l’impossibilité de représenter la chose.
L’insert est ici fragment qui prend corps dans une musicalité, comme un prélude à la scène du café, qui joue d’une dissonance entre les notes du passé et le présent (« Mais enfin c’est bien nous qui nous nous sommes aimés ? » dit Hélène à son amour d’Algérie).
L’Insert comme dramatisation
Souvent l’insert souligne puisqu’il répète un élément vu dans un plan plus large. Cela peut être aussi bien un plan sur un revolver (oui, c’est bien un revolver que le personnage tient dans les mains), qu’un plan sur un regard (oui, le personnage voit bien ce qu’on pense qu’il voit). L'œil de l'ordinateur Hal dans 2001 l'Odyssée de l'espace fait office d’insert ironique et émouvant : Kubrick lui donne une humanité, une pensée, par ce plan. Tout autre plan n’aurait pas produit cet effet avec autant de justesse.
A la fin du film d’Arnaud Desplechin, Léo, en jouant dans la compagnie des hommes, une série d’inserts sur des bouts de corde vient souligner le suicide du personnage par pendaison. Dans la majorité des films, l’insert est utilisé pour augmenter la tension : gros plan de montre, de visage suant, etc.… Là, Desplechin distancie des inserts en les filmant en vidéo. Ce n’est pas un effet de réel, un ajout à la description, mais, au contraire, c’est la révélation de la fiction. L’acteur n’est pas mort. L’insert déploie la problématique du film où le personnage est filmé en 35mm et l’acteur, en train de répéter ou de lire, en vidéo jusqu’à ce que ce que les pôles se réunissent (selon Desplechin, le spectateur se projette davantage dans l’acteur que dans le personnage). C’est dans ces inserts de visages des acteurs ou d’objets que le pari de Desplechin réussit : le spectateur est quand même ému, peut-être d’autant plus ému, par des images qui proclament leur fausseté. Emu par le style lui-même.
L’insert est bien un effet de style dangereux parce qu’il montre trop, c’est un trop gros plan pour être honnête, mais, bien utilisé, il peut être fort, porteur de suspense, ou d’émotion. Son utilisation parcimonieuse fait sa valeur et lui donne son véritable statut : un choc pour l’œil.
Martin Drouot
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