LILLIAN & THIRTEEN
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LILLIAN

Film allemand, français (2000). Documentaire, Biographie. 1h 32. Réalisé par Wilfried Huismann. Avec: Marita Lorenz.

THIRTEEN

Thirteen. Etats-Unis. 1997. 16mm. 87 min. Sc, prod, réal, im, mont : David Williams. Son : Bernice Baker. Mus : Shep Williams. Avec : Lillian Folley et Wilhamenia Dickens.

Objets cinématographiques hybrides à mi-chemin entre documentaire et fiction, les deux longs métrages de David Williams qui sortent enfin sur nos écrans tirent leur force et leur originalité de l’association de personnages réels (des « vraies personnes », les formidables Lillian Folley et Nina, qu’on a automatiquement envie de connaître) et de techniques filmiques quasi-expérimentales. Un cinéma réinventé à partir et autour de son sujet.

 

Lillian se caractérise par une unité de temps (une journée) et de lieu (la maison de Lillian) dont Lillian, personnage unique et fédérateur, est le socle. Tout l’enjeu dramatique du film est dans la préservation de cette unité. L’intérieur s’y oppose à l’extérieur et le présent est un esquif fragile entre passé et futur.

A l’intérieur de la maison il y a Lillian bien sûr (qui n’en sort jamais), mère nourricière d’une nichée d’enfants orphelins et de vieux abandonnés, qu’elle nourrit, blanchit et enveloppe de son flot de parole réparatrice. C’est l’utopie d’une famille reconstruite sur les débris d’existences gâchées, d’un petit monde sans laissés pour compte (ni les jeunes, ni les vieux, ni les blancs, ni les noirs). Du dehors surgissent les assistantes sociales qui ne veulent pas confier des enfants blancs à une femme noire, des adultes qui laissent leurs parents mourir seuls, une mère (la propre fille de Lillian) qui ne peut pas (ne veut pas ?) s’occuper de sa fille, un agent immobilier qui veut reprendre la maison. A mi-chemin entre le dedans et le dehors, il y a le propriétaire mais ami, figure du réalisateur qui nous fait accéder à cette intériorité menacée.

Cette maison assiégée par le monde extérieur l’est aussi par le temps qui passe et par les souvenirs : le passé comme une blessure et le futur comme une menace. Lillian risque de perdre la maison, les enfants finiront tous par être adoptés et la quitteront, elle même deviendra trop vieille pour s’occuper de vieux. Toutes ces appréhensions viennent se mêler aux souvenirs amers mais aussi se briser sur la force de caractère d’une femme toujours prête à reconstruire, à continuer.

 

Avec Thirteen, David Williams apprivoise le temps qui passe et le monde extérieur en s’attachant aux pas de Nina (la fille de Lillian) tout au long de sa treizième année. Il en ressort un film beaucoup plus ludique mais non moins passionnant. Autour de Nina, surplombée par la figure tutélaire de Lillian, gravitent une nuée de substituts du père plus ou moins cocasses et variablement perplexes face à cette adolescente mutique qui n’aime rien mieux que les chiots et les voitures. Le travail sur les voix, tour à tour off, dans et hors-champ, et sur le montage, qui décale subtilement les personnages de ce qu’il disent, font et voient, rend compte à merveille de cet univers éclaté et chaleureux. Le réel et le rêve en viennent à se mêler naturellement, tout comme une conversation sur la religion amène à parler d’histoires d’amour.

Thirteen est un portait en mouvement. Là où en peinture tout est dans le rapprochement de deux couleurs, ici Nina se définit peu à peu dans son rapport aux autres tout comme le film se construit dans le rapport des plans les uns aux autres, et dans la façon dont le son et la musique viennent leur répondre. Personnage et mise en scène rayonnent ainsi d’une même subtilité et d’une même grâce.

 

Monique Pujol

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