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Car dans ce film seule la mise en scène va sapprofondissant, habitant lespace pour mieux dévoiler, ou plutôt faire miroiter la vérité de ses personnages, une vérité de surfaces. Celle réfléchissante du piano, qui nous renvoie lors de somptueux travellings limage dun plafond aux moulures labyrinthiques, celles des miroirs où se surprend la duplicité placide de Mika. Jeanne la voit faisant exprès de renverser le chocolat (empoisonné) quelle destinait à son beau-fils, le spectateur la voit dans la scène quelle se remémore avant de sendormir, observer, le visage fermé, le trio familial dont elle est le "quart exclu ". Cette scène en flash-back est centrale, constitue larchétype de la névrose de Mika : pièce rapportée, enfant adoptée, elle sacharne en permanence à accéder à une place au milieu des autres. Or son combat est déjà toujours perdu car tout se joue pour elle au niveau des seules apparences (remarque révélatrice lors du conseil dadministration "limportant cest de préserver les apparences "). Cest ainsi que ce soir là, ce soir où elle élimine lAutre, cest visuellement quelle prend sa place : à la fin de la scène elle est venue se positionner à lendroit et dans la position exacte (accoudée au piano) de celle quelle vient denvoyer à la mort. Reste que si Mika est prisonnière des apparences, de sa gentillesse factice et forcée, son mari André est son parfait pendant muré dans son art (il ny a guère quavec Jeanne, pianiste elle aussi quil communique). Le scénario tourne ainsi autour du thème de la substitution (les femmes dans la vie dAndré, linterversion possible des enfants à la maternité) et de la répétition : le plan de Mika comme la fabrication rituelle du chocolat, les morceaux de piano, etc Lhistoire ne progresse pas vraiment mais bien plutôt senroule sur elle-même comme lescalier tant de fois monté et descendu par Mika, escalier dont elle semble prisonnière et qui métaphorise son obsession (elle est dans un entre-deux permanent, ce serait cela peut-être le statut du manipulateur, non pas au-dessus mais dans une autre dimension que ceux quil manipule). Le spectateur sait bien quelle est coupable, cest une diabolique sans inventivité qui reproduit toujours les mêmes schémas et il nest pas plus surpris que le mari de laveu final, dailleurs dépassionné. Outre une anxiété de palais des glaces issue de la multiplication des effets de miroir et des jeux de surfaces dautant plus inquiétants quaucune profondeur ne vient les expliquer, aucune perspective les orienter, on notera que Chabrol attache un soin particulier à mettre en valeur des motifs récurrents qui se chargent de tension. Le traitement réservé aux boissons en est un exemple saisissant : le chocolat bien sûr mais aussi le café, substances troubles auxquelles sopposent leau (verre deau que l'ami/amant de Jeanne lui apporte, verre que prennent Mika et André suite à leur petite réception et enfin verre quAndré demande le soir où Jeanne est venue passer la nuit), jus dananas ou thé, chaque action dun personnage apportant une boisson à un autre se charge dune tension réminiscente du verre de lait de Soupçons dHitchcock. Cest là la magie de ce film de glace que de rendre intense le moindre détail, le moindre mouvement de caméra. Monique Pujol Lire aussi notre critique de La Fleur du mal du même Claude Chabrol. Copyright Cinefeuille www.cinefeuille.org. Tous droits de reproduction même partiels réservés. |