LE MYSTÈRE PAUL

1999, France. Durée 1 h 45. Scénario et réalisation Abraham Ségal. Image Jacques Pamart, Diane Baratier. Musique Jacques Rémus. Son Laurent Lafran, Pascal Ribier. Montage Annie Waks. Enqêteur Didier Sandre. Production AGAT Films. Distribution Ciné Classic.

Après avoir tenté de cerner la figure d'Abraham, père des trois monothéismes, le réalisateur Abraham Ségal interroge la figure contrastée de Paul. Dans le droit fil de Corpus Christi de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, Le Mystère Paul essaie de comprendre, à la façon d'une passionnante investigation policière, qui était l'«Apôtre des Gentils». Avant de devenir l'infatigable missionnaire de la «bonne nouvelle», Saül de Tarse était en effet le persécuteur zélé des chrétiens. Mais là où Prieur et Mordillat confrontaient à l'Évangile de Jean des exégètes de tout bord d'une manière ascétique et souvent polémique, Ségal donne à sa quête les traits de Didier Sandre, qui parcourt le monde à la suite de l'audacieux prédicateur afin de mieux lui donner chair. Sur les traces de Paul à Jérusalem, Antioche, Éphèse, mais aussi Paris et New York, le comédien questionne inlassablement spécialistes ou quidams, juifs, chrétiens ou musulmans, religieux, philosophes ou poètes. Qui était Paul? Que reste-t-il du missionnaire dans la culture d'aujourd'hui? En quoi son message résonne-t-il encore dans un monde déchiré qui se réclame pourtant d'un même héritage abrahamique? Comment des chrétiens provenant d'horizons si différents – intégristes ou progressistes – peuvent-ils se réclamer de lui avec une telle constance? Avec beaucoup de respect et d'intelligence, notre enquêteur-pèlerin écoute, rebondit. Et le montage, loin d'annuler des témoignages parfois contradictoires, sculpte patiemment une figure riche en paradoxes, mais résolue dans ses actes et ses convictions. Le récit impose une dynamique, un perpétuel va-et-vient entre l'ici et l'ailleurs, le présent et le passé, qui tient le spectateur en haleine et casse la gangue intellectuelle ou sermonneuse qui aurait pu statufier le personnage.

Car, à la manière de Pasolini qui, au moment de sa mort, s'intéressait à cette figure fondatrice du christianisme, c'est d'abord à l'homme et non à l'apôtre que s'attache Ségal. Comment a-t-il pu passer de la persécution des chrétiens à l'ardeur missionnaire qui l'anima jusqu'à sa mort? Comment fit-il le lien entre juifs et non-juifs, affirmant ainsi l'universalité de la paternité divine? Comment cet homme épris de liberté et d'amour pouvait-il manifester une telle rigueur morale? Abraham Ségal fait ressortir une personnalité complexe mais éminemment moderne, séduisante jusque dans ses excès, et dont l'ambivalence explique l'attraction opérée sur des cercles si distincts.

Ainsi, le film n'instruit pas un procès, même s'il n'élude pas les critiques – pour certains, Paul trahit le judaïsme, pour d'autres, le message originel du Christ –, mais propose une enquête sans a priori sur une figure captivante confrontée aux divisions de son temps et du nôtre. Servi par une image d'une lumineuse sobriété et une mise en scène discrète, ce documentaire déjoue les pièges du cours ex cathedra et redonne à une histoire bimillénaire la plus brûlante actualité.

Bertrand Bacqué

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