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OCEAN’S ELEVEN


2002. Etats-Unis. 1h57. Prod: Jerry Weintraub. Réal&Im: Steven Soderbergh.
Sc: Ted Griffin. Avec: George Clooney, Brad Pitt, Julia Roberts, Andy
Garcia, Matt Damon, Don Cheadle, Eliott Gould, Carl Reiner, Eddie Jemison,
Bernie Mac, Casey Affleck, Scott Caan, Shaobo Quin.
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C’est le remake
d’un film de copains, le premier film du rat pack (Sinatra, Dean
Martin, Sammy Davis Jr, Peter Lawford,…), l’histoire d’un cambriolage à
hauts risques à Las Vegas. Le groupe des onze copains cambrioleurs y était
crédible pour deux raisons principales: parce que le scénario nous les
présentait comme les anciens membres d’un commando de paras qui se
retrouvaient pour un coup (une sorte de suite des Douze salopards),
et surtout parce que ces onze-là formaient véritablement un gang dans la
vie et le public le savait et le voyait.
Ici chaque lascar
a son temps de présence à l’écran (négocié par contrat ?) et ils
s’assemblent plus comme un puzzle que comme un groupe. D’où une première
partie un peu faible où l’on craint un moment que le film à stars ne soit
une fois de plus le film de personne. Mais c’est sans compter sur son
réalisateur-chef-opérateur Steven Soderbergh qui depuis Erin Brokovitch
a réussi l’exploit de réactualiser l’ancienne collaboration (qui remonte à
l’âge d’or d’Hollywood) entre le réalisateur-auteur et les studios,
piochant à volonté dans les vedettes et les scénarios desdits studios et
en tirant un film qui lui appartient, un divertissement pleinement
maîtrisé.
Sa réussite avec
Ocean’s Eleven est de parvenir à faire un film ludique et réflexif,
un miroir où tous se regardent jouer. Tout d’abord il s’agit d’un film de
genre, et une œuvre de genre est nécessairement une œuvre consciente de
son art, de ses ficelles qu’elle met en abyme en les reproduisant ou en
les dévoyant (Soderbergh s’en est fait une spécialité:
The Limey,
Out of Sight).
Ici ce qui, par
exemple, cloche par rapport au genre ce sont les motivations des
personnages : ils n’en ont pas, ou presque. Seuls le personnage principal
(Clooney) et l’ancien proprio de casino qui finance l’opération
(magistralement interprété par Elliot Gould) tous deux floués par « le
méchant » (Andy Garcia) ont des raisons personnelles (se venger, récupérer
la fille) de faire ce coup.
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Vous me direz il s’agit avant tout de
récupérer un énorme paquet d'argent, mais en fait tous agissent en grande
partie pour l’amour de l’art. Quand Clooney expose son projet à Brad Pitt,
celui-ci fait ses comptes, en bon pro de l’organisation qu’il est, des
différents petits métiers de la cambriole dont ils vont avoir besoin : un
homme élastique, un forceur de coffre, un pro des explosifs, un pro de
l’électronique, des conducteurs, etc. Il ne reste plus qu’à rassembler
cette fine équipe et à les laisser chacun prouver qu’il est le meilleur
dans son domaine. Dès lors l’opération se déroule quasiment sans accroc en
un mouvement d’une fluidité parfaite qui est celui de la mise en scène.
Car ce que le film nous donne à voir c’est la métaphore de sa propre
réalisation : pour faire un film, comme pour commettre un casse, on a
besoin d’un initiateur du projet et d’un maître d’œuvre, d’un financement,
d’un certain nombre d’artisans spécialistes dans leur domaine (Matt Damon :
pickpocket, Don Cheadle : explosifs, Eddie Jemison : électronique),
d’hommes à tout faire (les jumeaux), de cascadeurs (Shaobo Quin :
acrobates de Pékin) et d’acteurs (Carl Reiner et Bernie Mac). Dans les
deux cas, chaque membre de l'équipe travaille idéalement dans une double
optique : pour l’amour de l’art et pour faire sauter la banque.
C’est le tour de
force qu’a réussi Soderbergh avec autant d’aisance que ses héros. Comme
Danny Ocean il a rassemblé toute une équipe de pointures, qui ont
travaillé plus pour le plaisir que pour l’argent, il a trouvé un
financement, il est passé à l’action et il est reparti avec l’argent – le
film est un gros succès aux Etats-Unis – et la fille – les critiques
semblent l’apprécier autant que le public.
Monique Pujol
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