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LE PLEIN DE SUPER

France, 1976. 97 min. Prod: UGC/Fideline Films. Réal: Alain Cavalier. Sc:
Cavalier, Patrick Bouchitey, Etienne Chicot. Phot: Jean-François Robin. Son
Jean-Louis Ducarme. Mus Etienne Chicot. Mont Pierre Gillette. Avec Bernard
Crombey (Klouk), Patrick Bouchitey (Daniel), Etienne Chicot (Charles),
Xavier Saint-Macary (Philippe), Nathalie Baye (Charlotte).
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Ressorti en salles en juin 2004,
le road movie jubilatoire d’Alain Cavalier commence à reculons : Klouk,
vendeur de voitures d’occasion à Lille, n’a aucune envie de faire du zèle
auprès du client fortuné qui lui demande de « descendre » sa Chevrolet sur la
Côte d’azur. Cette hésitation première n’est-elle pas celle du réalisateur
lui-même qui, en 1976, huit ans après La Chamade avec Catherine
Deneuve, rechigne à reprendre le chemin du cinéma de fiction « à vedettes » ?
Klouk s’exécute, mais en prenant un chemin buissonnier, tout comme Alain
Cavalier ouvrant avec ce film une période plus artisanale de son cinéma,
s’éloignant de l’écrit, à la fois intimiste et aventureuse. On se félicite
encore aujourd’hui de ce coup de volant salvateur, devant une comédie qui
tire de ses conditions de tournage presque communistes (Cavalier et ses
acteurs étaient co-scénaristes, gagnaient autant les uns que les autres, etc.).
Le carburant du Plein de super, c’est l’énergie d’un groupe d’élèves
comédiens du cours Simon rencontrés dans un dîner par un cinéaste de quinze
ans leur aîné. Ils jouent sans avoir à composer beaucoup quatre jeunes hommes
entre eux qui, l’habitacle étroit de la voiture ou le haschich aidant,
communiquent par confidences grivoises dans une joyeuse puérilité.
Le temps de finir d’empaqueter
un mort à l’hôpital, Philippe, l’ami de Klouk, infirmier, baryton, moustachu,
bisexuel et ex-syphilitique (cocktail décapant) embarque pour le périple
méridional dans cette belle américaine, avant que deux auto-stoppeurs
décident eux aussi de rester à bord au-delà de Paris pour dessaler Klouk,
vendeur de voitures trop propre sur lui dans son costume étriqué. Le tour de
force de ce Husbands
à la française est d’éviter tous les écueils de la comédie misogyne sur
le thème des « hommes entre eux », sans pour autant s’en détourner avec
mépris.
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Porter caméra à
l’épaule, se recroqueviller dans le coffre pour filmer les quatre garçons
dans l’habitacle, tout chez Cavalier répond à une nécessité rythmique plus
qu’à des impératifs narratifs. La bobine tourne jusqu’à épuisement du super,
et les protagonistes finiront, on le devine, par rentrer en train : point ici
d’aller-retour initiatique, d’Odyssée édifiante.
Alain Cavalier offre pourtant
une capsule de temps d’une vivacité inouïe, capturant sur pellicule des
gestes, des tenues vestimentaires mais aussi un mode de circulation de la
parole à une époque donnée entre les sexes (Charles et son ex-femme Camille,
Philippe et son ex-petite amie Charlotte), les générations (Charles vole son
beau-père pour donner de l’argent à son petit garçon). Comme le rappelle le
réalisateur, « entre l’apparition de la contraception et celle du sida, cette
période s’est révélée très brève, une dizaine d’années. Nombre de mes acteurs
du Plein de super et de Martin et Léa, mon film suivant (1978),
sont morts jeunes, d’overdose, du sida, d’excès… »
Ce n’est pas la moindre des qualités du Plein de super de porter,
comme en surimpression de ses scènes comiques, le poids d’inquiétudes à venir
– chômage, vie sentimentale catastrophique, syphilis, stérilité…). Comme
Daniel qui fait une mauvaise blague à ses amis en prétendant, immobile sur le
ventre, s’être jeté sous un pont, Alain Cavalier trompe la mort par une
trivialité revigorante.
Charlotte Garson
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