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PUNCH DRUNK LOVE

USA,
2002. Réal, Sc PT Anderson. Image Robert Elswit. Mont Leslie Jones. Mus John
Brion. Déc Sue Chan, William Arnold. Avec Adam Sandler, Emily Watson, Philip
Seymour Hoffman, Luis Guzmàn. 1h 30.

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Certains
s’étonneront de voir l’un des comiques américains les moins subtils du
moment (Adam Sandler, acteur et auteur de comédies imbéciles comme Big
Daddy et Happy Gilmore qui ose reprendre le rôle de Gary Cooper
dans le mauvais remake de L’Extravagant Mr. Deeds de Capra) à
l’affiche de Punch-drunk love, le nouvel opus d’un jeune
« intellectuel » d’Hollywood, Paul Thomas Anderson, dont l’ambitieux
Magnolia avait été remarqué pour sa construction complexe dans le
style de Short cuts de Robert Altman. Ici, point de structure en
étoile, de montage parallèle : après des mésaventures avec une entreprise
de téléphone rose qui le fait chanter, Barry, un célibataire endurci
persécuté par ses sœurs hystériques (Sandler, en costume bleu électrique),
vendeur de matériel pour toilettes sophistiqué dans la banlieue
californienne, rencontre la femme de sa vie. Une fois la belle (Emily
Watson) entrée dans l’existence de cet homme timide qui explose parfois en
colères incontrôlables, le scénario s’arrête, tout simplement, aboutissant
à son titre, qui signifie « ivre d’amour ».
C’est
que Paul Thomas Anderson n’a que faire d’une intrigue pleine de
rebondissements. En subordonnant la mise en scène à l’humeur bipolaire de
Barry, Anderson donne à Sandler, dont il creuse la persona comique
au lieu de choisir le contre-emploi, la profondeur mélancolique d’un clown
triste. Une mélancolie avant tout sous-jacente, qui n’empêche pas le film
d’être un véritable feu d’artifice visuel et sonore. Le jury du dernier
festival de Cannes ne s’y est pas trompé, qui lui a décerné, ex-aequo avec
Ivre de femmes et de
peinture de Im Kwon-taek, le prix de la mise en scène : il cisèle
particulièrement la gestuelle de son personnage – qui rappelle parfois
celle d’un Jacques Tati – s’inspire pour son cadrage et sa palette
chromatique (uniquement des couleurs franches) des comédies musicales des
années cinquante, et travaille particulièrement la musique, tantôt dans un
but humoristique (on entend des marches militaires quand apparaissent les
sœurs de Barry), tantôt avec un effet quasi-surréaliste (le volume sonore
peut augmenter brutalement, pour accentuer certaines scènes).
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Comédie
romantique décalée, Punch-drunk love ne renonce pourtant pas à nous
faire entrevoir, par petites touches, l’Amérique d’aujourd’hui. Ainsi,
Barry noie sa solitude dans la collection méticuleuse de coupons découpés
sur des boîtes de pudding et affichant une offre de miles aériens
qu’il espère cumuler pour s’offrir le voyage de ses rêves. Caricature du
consumérisme ? Mais le plus triste – ou le plus drôle – est que le
réalisateur s’inspire d’une histoire vraie, celle d’un ingénieur civil qui
gagna le droit de voler toute sa vie grâce aux 12 150 coupons patiemment
prélevés sur des pots de pudding ! Le rêve américain serait donc réservé
aux collectionneurs qui savent déchiffrer les règlements des concours et
surfer allégrement sur les faux-pas de leurs rédacteurs…
Charlotte Garson
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