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La filmographie de Robert Nelson est longue mais parsemée d’œuvres qui ont
disparu, détruites dans de nombreux cas par les mains du cinéaste lui-même
Tous les films sont en 16mm et sonores, sauf
si indiqués différemment.

Building Muir Beach House (1961) (w/ Gunvor) 3m, b/w, silent
Last Week at Oona’s Bath (1962) (w/ Gunvor) 3m. b/w, silent
The Mystery of Amelia Air-Heart Solved! (1962) 2.5m, color, silent
Plastic Haircut (1963) (w/ R.G. Davis, William T. Wiley, Robert Hudson, and
Steve Reich) 15m, b/w
King Ubu (1963) 5m, b/w. silent
Oh Dem Watermelons (1965) 12m, color
Confessions of a Black Mother-Succuba (1965) 16m, b/w
Sixty Lazy Dogs (1965) 5m, b/w
Thick Pucker (1965) (w/ Reich) 11m, b/w
Oily Peloso the Pumph Man (1966) 15m, b/w
Grateful Dead (1967) 7.5m, color
Hot Leatherette (1967) 5.5m, b/w
The Great Blondino (1967) (w/ Wiley) 42m, color
The Great Blondino Preview (1967) 5m, color
Half-Open and Lumpy (1967) 2.5m, color
The Off-Handed Jape... & How to Pull It Off (1967) (w/ Wiley) 9m, color

Penny Bright and Jimmy Witherspoon (1967) 3.5m, color
Superspread (1967) 13m, color
The Awful Backlash (1967) (w/ William Allan) 14m, b/w
Portrait of Gourley (1967) 23m, color
The Beard (1968) 2.5m, color
War is Hell (1968) (w/ Allan) 29m, b/w
What Do You Talk About? (w/ Wiley) (1969) 80m, video
Bleu Shut (1970) 33m, color
R.I.P. (1970) 22m, color
King David (1970) (w/ Mike Henderson) 16m, color
No-More (1971) (w/ Cornell students) 70m, b/w
Worldly Woman (1973) (w/ Henderson) 6.5m, color
R.I.P. (1974) 14m, color (new version of R.I.P.)
Deep Westurn (1974) 6m, color
Suite California Stops & Passes Part 1 (1976) 46m, color
Suite California Stops & Passes Part 2 (1978) 48m, color
How to Get Out of a Burning House (UWM student film) (1979) 22m, color
Hamlet Act (1982) 21m, b/w
Curious Native Customs (1985) 5m, b/w
He Sees Blinded Horses and Bad Poetry (1985) 10m, b/w
Limitations (1988) 9m, b/w
199 L. la (1990) 35m, video
Special Warning (1974/98) 7m, color
More (1971/98) 18m, b/w (excerpt of No-More)
Hauling Toto Big (1998) 46m, b/w
King David (1970/2003) 8m, color (revision of original film)
Rest in Pieces (1970/74/2003) 8.5m, color (revision of R.I.P.)
Suite California Stops & Passes Part 1 (1976/2003/200?) 35m, color (revision
of original film)

Titres remontés par Nelson, montrés brièvement, puis détruits :
Oiley Man (1965/99) 2m (re-edit of Oily Peloso the Pumph Man)
T.P. I (1965/99) 3.5m (re-edit of Thick Pucker)
Soup or Spread (1967/99) 5m (re-edit of Superspread)
Gouley in ’67 (1967/99) 2.5m (re-edit of Portrait of Gourley)
½ Bright ½ Open ½ Withered ½ Lumpy (1967/99) 3m (re-edit combining footage
from Half-Open and Lumpy and Penny Bright and Jimmy Witherspoon)
60 Lazy Dogs (1965/1999) 2m (re-edit of Sixty Lazy Dogs)
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La
projection des films de Robert Nelson au Festival de courts-métrages
d’Oberhausen en Mai 2006, était une rarissime opportunité de voir l’oeuvre
– presque intégrale - de ce cinéaste expérimental, natif de San Francisco.
Elle a marqué ses retrouvailles avec le public d’Oberhausen qui avait
découvert, il y a quarante ans, son film Oh Dem Watermelons (1965).
La programmation des films en 5 projections a été assemblée par
Robert Nelson lui-même.
Le cinéaste a choisi de nommer cette rétrospective, RAN with the Movie
Camera, associant les initiales de son nom (Robert Andrew Nelson) au film
qui l’a profondément influencé, The Man with the Movie Camera (L’Homme
à la Camera) de Dziga Vertov. Cette appellation suggère déjà l’humour
qui caractérise le ton de ses films et le plaisir du cinéaste à jouer avec
les mots. Le titre peut se lire « Robert Andrew Nelson
avec une camera », mais aussi « Ran (=) A couru avec une caméra ». Cette
référence au film de Vertov illustre aussi la force visuelle de sa
photographie et de son montage.
Après l’Allemagne, cette rétrospective a voyagé à Vienne.
Robert
Nelson est arrivé au cinéma par la peinture et la photographie. Etudiant à
l’Institut d’Art de San Francisco (alors appelé California School of Fine
Arts) à la fin des années 1950, il y rencontre une communauté d’artistes.
Il se lie d’amitié avec les peintres, alors étudiants: William T. Wiley,
Robert Hudson, Robert Arneson qui s’associent au mouvement California Funk
des années 1960.
Ce terme
« funk » signifie davantage une approche artistique qu’un véritable
mouvement. Il définit des œuvres produites par assemblages, collages de
sources ou matériaux différents. Celles-ci naissent de l’informel, du
hasard et révèlent une grande part d’humour. C’est dans cet esprit que
s’inscrit Bruce Conner, cinéaste peintre et sculpteur, dont les films ont
encouragé la venue de Nelson au cinéma.
Voila la définition de « funk » que donne Bruce Conner : «To me funky
objects are objects you make for yourself or your friends. It doesn’t have
anything to do with making art to be shown in galleries or museums. »
Douglas M. Davis « Rebellion Against Official Art World : Mr. Conner’s
Good-Natured Fight for ‘Funk Art’ » National Observer June 17, 1968.
Cet état
d’esprit ainsi que la scène Beat de San Francisco vont profondément
influencer l’approche artistique de Nelson, scellant le début de nombreuses
collaborations avec des artistes et amis partageant une même sensibilité et
désir d’expérimentation.
Ses
premiers essais à la caméra (prêtée par un voisin) datent du tout début des
années 1960. Il tourne deux films amateurs avec Gunvor Nelson, alors sa
femme: Building Muir Beach House qui documente la construction de
leur maison et Last Week at Oona’s Bath récit du bain de leur fille
en une parodie de L’Année Dernière à Marienbad. Sa première
réalisation individuelle The Mystery of Amelia Air-Heart Solved!
filme le geste destructeur d’un ami peintre, brûlant ses tableaux. Ces
expérimentations cinématographiques qui demeurent des œuvres intimes,
semblent déjà contenir des préoccupations, telles que le pouvoir de créer
et détruire et un ton humoristique, chers à Nelson.
L’année
suivante, il travaille sur Plastic Haircut, une œuvre collective
réalisée avec William Wiley, Robert Hudson et Ron Davis. Ce dernier était
le directeur de la troupe de Mime de San Francisco, une troupe de théâtre
de rue qui jouait à partir d’improvisations et dont la liberté et le sens
de l’innovation ont inspiré Nelson.
William Wiley et Robert Hudson conçoivent les décors, Ron Davis improvise
sur scène et Robert Nelson tient la caméra.
Le film révèle un sens aigu du visible et du montage et adopte une
structure plus rigoureuse qu’il ne peut d’abord paraître. Les 600 mètres de
film tournés sont réduits au montage par Nelson à 60, donnant forme à ce
qui était au départ une expérience ludique de tournage entre amis.
L’avant
garde des années vingt, et plus particulièrement Un chien andalou de
Luis Buñuel, est évoquée comme source d’inspiration.
La première séquence, muette, place sur une
scène aux décors géométriques, un personnage effectuant une pantomime qui
semble parodier l’expérimentation de certains artistes d’avant-garde, dans
un exercice d’autodérision. Suit une exploration de l’impact du son sur
l’image dans une collaboration avec le musicien Steve Reich qui réalise un
collage sonore sur de l’amorce noire. Les images initiales reviennent
enfin, cette fois-ci sur fond sonore d’une interview dans laquelle Nelson
incarne le cinéaste, parlant du symbolisme de son film en affectant un
accent indien, ouvertement comique.
Ces
nouveaux collaborateurs se positionnent avec humour dans un univers
culturel, invoquant les influences qui ont marqué leur développement
artistique : la peinture, le théâtre d’improvisation, des expérimentations
musicales et le cinéma, ultime medium qui leur permet de réunir ces
différentes formes d’expression en des créations collectives.
Le milieu
et la fin des années 1960 constituent la période créative la plus active de
Robert Nelson. En 1965, il réalise Oh Dem Watermelons (1965) avec
encore la troupe de mime de San Francisco. Steve Reich collabore à nouveau
pour la musique. Le film était destiné à accompagner la pièce « A minstrel
Show: or Civil Rights in a Cracker Barrel », spectacle de rue, improvisé
selon les principes de la Commedia dell’Arte, mettant en scène des sujets à
portées politiques et sociales. Projeté à l’origine entre les sketches
joués, le film illustre des expressions stéréotypes de racisme à travers
l’image récurrente d’une pastèque manipulée, abusée, détruite dans un
mélange de vignettes jouées et d’images d’archive. Le film trouve
rapidement une vie indépendante, devenant l’un des titres de Robert Nelson
les plus connus.
En 1965,
il achève trois films, enchaîne les projets et travaille sur The Great
Blondino (1967) qu’il met plusieurs années à finir. Inspiré de la vie
de Blondin, un acrobate français du XIX è siècle réputé pour son
exploit de funambule au-dessus des chutes du Niagara, le film est conçu
sans scénario préalable et suit la forme libre d’une déambulation onirique
du personnage dans un paysage urbain moderne. Robert Nelson ponctue son
parcours de points d’interrogation (littéralement), comme autant de
questions posées au personnage et aux spectateurs dans une structure qui se
constitue en même temps qu’elle se déploie. Souvent vu comme une métaphore
de la condition de l’artiste, funambule qui marche sur une corde raide et
risque à tout moment de tomber, le film révèle des expérimentations
techniques (surimpressions, filtres, utilisation d’un prisme...) dans un
usage tout à fait unique. Mais il ne prétend ni ne tend à un message à
travers une forme littérale ou symbolique. Il semble plutôt tourner en
dérision toute réflexion se prenant trop au sérieux par un constat du
plaisir et des possibilités visuelles du cinéma.
Ce ton,
à la fois plein de sincérité et de dérision, est peut-être encore plus
évident dans Bleu Shut (1970) dont le titre évoque le terme « bullshit »
(= conneries) et qui devient très vite un titre clé de la filmographie de
Nelson et une référence du cinéma expérimental. Le film dont il est annoncé
au début qu’il ne dure que 30 minutes, manipule d’entrée de jeu le temps et
l’attente du spectateur. Il adopte la forme d’un questionnaire minuté,
séparé en sections de 60 secondes et parodie, de manière particulièrement
ludique, certaines œuvres héritières d’un structuralisme parfois rigide.
Nelson rend visible à l’écran une petite horloge comptabilisant le temps
écoulé afin d’éviter la douloureuse expérience d’ennui qu’il a pu éprouver
en spectateur de certains films expérimentaux : plus besoin de se retourner
pour regarder combien de métrage de film il reste dans le projecteur, avant
la fin...
Confessions
of a Black Mother-Succuba
(1965)
mêle parties filmées à des images d’archives en un montage vertigineux qui
révèle divers matières d’images d’un noir et blanc éblouissant. The
Grateful Dead (1967) est une exploration visuelle qui manipule des
images du groupe de rock, accompagnant un collage de titres de leur premier
album. The Off-Handed Jape (1967) présente une déclinaison
d’expressions et grimaces par Robert Nelson et William Wiley dans des mises
en situation et démonstrations du jeu d’acteur. The Awful Backlash
(1967), simple plan fixe continu, documente le démêlage d’une ligne de
pêche. King David (1970) est le récit de la rencontre du cinéaste et
Mike Henderson, avec un sans-abri, dans un parc de San Francisco. Suite
California Stops and Passes : Part 1 (1976), Part 2 (1978)
dresse un portrait de la Californie (du Sud et du Nord) en un journal de
route très personnel. Hamlet Act (1982) revisite Hamlet dans une
mise en scène qui revendique la présence de la caméra.
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