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La thèse de Movie Wars est que le public qui prendrait soi-disant les vessies médiatiques pour des lanternes n’est peut-être pas aussi stupide qu’on veut bien le dire : « Si on laisse le choix à quelqu’un qui meurt de soif entre du savon liquide et du cirage, la sélection peut-elle honnêtement relever de ce qu’il « veut » ? » Rosenbaum réfute le préjugé – tenant d’une « mythologie de l’étude de marché comme science exacte » – selon lequel les sous-titres feraient fuir les spectateurs américains, ce qui justifierait la non distribution des films étrangers : « (a) la plupart des Américains n’ont jamais vu de film sous-titré et (b) peu sinon aucun spectateur ne s’est plaint de l’usage des sous-titres dans Danse avec les loups ou La Liste de Schindler ou n’a refusé d’aller voir ces films pour cette raison ». Or l’idée reçue d’un public décérébré répandue en particulier en Europe avec le redoublement de l’anti-américanisme est également en vogue chez les critiques « classy » du New Yorker ou les intellectuels comme Susan Sontag, qui n’hésite pas à prophétiser « le déclin irréversible » du cinéma. Rosenbaum fait des bonds, lui que son enthousiasme balade de festival en festival et de raretés en rétrospectives, et qui communique infatigablement sa passion du cinéma, de Hou Hsiao-Hsien à Kiarostami et aux films expérimentaux ! Ce « déclin » annoncé par les critiques de sa génération a d’ailleurs été l’argument principal brandi contre son livre : James Monaco par exemple – célèbre pour son best-seller How to Read a Film[4] – reproche à Movie Wars de ne pas parvenir à « démontrer de façon convaincante que le cinéma est aussi vital et pertinent aujourd’hui qu’il l’était il y a 30 ans[5] » . Selon lui, le cinéma n’est plus, aujourd’hui, le lieu de l’innovation intellectuelle – Rosenbaum vivrait donc, avec ses anecdotes et sa cinéphilie à la française (il a vécu en France de 1969 à 1974, ses années formatrices), dans un déni rafraîchissant mais presque pitoyable ? A l’évidence, cette accusation condescendante d’idéalisme attardé fait l’économie de tout l’aspect non polémique de Movie Wars : pendant que les balles factuelles et les bombes argumentaires lui sifflent sous le nez, le lecteur prend mentalement note d’une myriade de feux d’artifices, mini-études sur des réalisateurs méconnus, trouvailles, pistes de lectures et de vision… Le chapitre final sur Welles, « Orson Welles as Ideological Challenge » vient à point nommé montrer que Jonathan Rosenbaum n’entreprend pas seulement de démystifier, mais de frayer une voie critique dans une culture cinématographique que trop de cassandres ont rendu, en effet, moribonde par leurs requiems répétés.
Charlotte Garson [1] Version en-ligne du Chicago Reader où il dirige la section cinéma. www.chireader.com [2] Dont Placing Movies : The Practice of Film Criticism, Berkeley, University of California Press, 1995 et d’une étude sur Dead Man de Jarmusch, Londres, BFI, 2000. [3] Movies as Politics, University of California Press, 1997. [4] Plusieurs fois réédité depuis 1977 (New York : Oxford University Press) et récemment transformé en CD-Rom. [5] James Monaco, dans Cinéaste, vol. 26, n°4, automne 2001. Copyright Cinefeuille www.cinefeuille.org. Tous droits de reproduction même partiels réservés. |