THE SAFETY OF OBJECTS

USA/G-B. 2001. 2h01. Réal. Rose Troche. Sc. Rose Troche d’après A.M. Holmes. Image. Enrique Chediak. Mont. Geraldine Peroni. Mus. Barb Morrison, Charles Nieland, Lance Nieland. Prod. Dorothy Berwin. Avec : Glenn Close, Dermot Mulroney, Jessica Campbell, Patricia Clarkson.

Inauguré en 2000 par le succès d’American beauty mais trouvant ses racines dans Le Lauréat de Mike Nichols (1967), le « film de banlieue américaine » connaît ses heures de gloire en ce moment, proliférant à la manière d’un genre. Ses partisans les plus caustiques, comme Todd Solondz, apparemment très en colère d’être natif du New Jersey, n’en ont pas pour autant réalisé les meilleurs spécimens – Happiness et Storytelling, fictions haineuses envers la classe moyenne blanche bien-pensante des environs de New York, tournent à la caricature. Depuis Ghost world de Terry Zwigoff et L.I.E. de Michael Cuesta, on constate que le genre se nuance et parvient à toucher des spectateurs à l’étranger, au-delà du pamphlet devenu facile.

The Safety of objects suit en parallèle le quotidien de quatre familles plutôt aisées dont les grosses maisons claires et les adolescents à (légers) problèmes nous sont familiers depuis que les séries « familiales » américaines ont fleuri à la télévision dans les années 80. Ne manquez pas son générique composé de maquettes de maisons et d’automates en papier blanc, il en dit long sur cet environnement propre jusqu’à l’asepsie et sur l’importance du matérialisme chez ces gens apparemment comblés. Car la « sécurité des objets » dont parle le titre, c’est le réconfort relatif que croient trouver les personnages dans les objets qu’ils achètent, qu’ils possèdent, qu’ils transmettent ou qu’ils convoitent : ainsi Esther (Glenn Close), entièrement dévouée à son fils dans le coma, doit prouver à sa fille délaissée qu’elle l’aime aussi en participant à un concours pour faire gagner à celle-ci une voiture : la mère épuisée parviendra-t-elle à tenir plusieurs jours debout près d’une voiture, le jeu consistant à ne pas cesser de toucher cette voiture avec au moins l’une de ses mains ?

Le règlement stupide de ce concours publicitaire qui, n’en doutons pas, existe réellement aux Etats-Unis, fait office de puissante métaphore dans le film. Devant des situations relationnelles graves (perte d’un proche, divorce, éloignement affectif parents-enfants, adultère…), les objets – jouets, véhicules, meubles – sont compulsivement maniés, touchés, échangés, comme s’ils possédaient des vertus magiques. Un enfant découvre sa sexualité en parlant à sa poupée Barbie (nous entendons celle-ci, dotée d’une voix-off hilarante), une mère divorcée se débarrasse des meubles familiaux de son ex-mari par vengeance, bref : les objets vont jusqu’à acquérir un statut de personnages dans un film qui critique ce matérialisme forcené tout en montrant une grande tendresse envers les quatre familles. La différence entre une comédie satirique et The safety of objects est à la fois ce qui fait la force de ce dernier et ce qui en pose les limites : la réalisatrice, Rose Troche (à qui l’on doit Go fish, et qui adapte ici des nouvelles de A.M. Homes en les redistribuant comme un jeu des 4 familles) ne cède pas à la tentation facile de stigmatiser ces petits-bourgeois comme étant à l’origine de tous les maux de la société américaine. Elle choisit de faire primer sur tout le reste la psychologie de personnages qu’elle rend ainsi touchants, au risque d’amoindrir la force politique de son propos. Habilement mené et monté en parallèle à la façon de Magnolia de P. T. Anderson, The Safety of objects offre une galerie de portraits en demie teinte, entre mesquinerie infinie et sentiments universels (cette mère qui souffre, cet avocat surmené, ce pourrait être vous ou moi). Un sens de la nuance et des qualités descriptives dont on ne se plaindra pas en ce temps d’anti-américanisme aussi tentant qu’injustement généralisé…

Charlotte Garson

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