|
|
|
|
|
|
||
|
|
|
|
|
|
||
|
|
|
Il faut pousser plus loin la comparaison avec Blow Up, plus loin que le seul usage du téléobjectif comme témoin d’un meurtre. Plus profondément, Horvath en arrive – mais délibérément, lui – à transformer en accomplissement plastique son enquête de terrain. N’était-ce pas le cas de l’infortuné Thomas (David Hemmings) lorsque, montrant ses élargissements macabres à des amis dans le but de documenter un meurtre, il se faisait complimenter pour ses talents de photographe abstrait ? Or avec sa musique à la Bernard Hermann, sa voix-off et surtout une composition quasi-picturale des plans, The Silence of Green expose avec la puissance de son grain de super-8 toute l’ambition de son travail formel. En d’autres termes, s’il s’agit d’enquêter sur ce qui pourrait devenir l’un des scandales majeurs du gouvernement de Tony Blair (l’éradication délibérée de 35% des exploitations agricoles dans un pays où le secteur agricole peut être considéré comme « trop important »), l’entreprise est indissociable d’une quête plus souterraine, presque métaphysique. Un requiem. Des plans récurrents de l’église du village, avec la messe en voix-off, sont montés en parallèle avec ceux des exterminations de moutons ramassés à la pelleteuse (étrange écho d’un Nuit et brouillard animal). On en vient à douter : s’agit-il bien d’un montage parallèle, ou ces deux coups de feu dans la tête d’un mouton se situent-ils vraiment derrière l’église où se recueillent les paysans, priant sans doute pour l’arrêt de l’holocauste ? Les chants liturgiques viennent non pas rompre mais épaissir le « Silence » du titre. Au delà de ses inquiétantes bases factuelles (au demeurant à vérifier, par exemple en surfant sur www.defa.gov.uk), le film s’interroge sur la permanence de l’ordre, la puissance du non-dit : comme si le nom même de la maladie, foot and mouth, était lourd de sous-entendus. On pourra penser que par sa perfection formelle, le film mine son « message », ou s’embarquer au contraire « à oeil perdu » dans ces quarante-huit minutes anti-bucoliques, à la violence proprement gionienne.
Charlotte Garson Copyright Cinefeuille www.cinefeuille.org. Tous droits de reproduction même partiels réservés. |
|
|