DES TERRORISTES A LA RETRAITE

Zek Productions, 1985/2001 (nouveau montage). France. Réal.: Mosco Boucault. Phot.: Jean Orjollet, Philippe Rousselot. Son: Michel Karat. Mont.: Christiane Lehérissey. Mus.: Jean Schwarz. Narration: Simone Signoret, Gérard Desarthe. 86 mn.

Le documentaire de Mosco Boucault sur des résistants FTP/MOI (Francs-Tireurs Partisans/Main-d’Oeuvre Immigrée) durant la Seconde Guerre mondiale, scandaleusement censuré par Antenne 2 lors de sa création pour la télévision, n’a rien perdu de sa force. Inspiré par le livre de l’historien Philippe Garnier-Raymond L’Affiche rouge et ayant inspiré S. Signoret pour son roman Adieu, Volodia , rediffusé le 4 juillet sur Arte, il est à regarder de toute urgence. Sa thèse en est simple, mais non simpliste: les Juifs immigrés des FTP/MOI ont été utilisés par le parti communiste qui les a pour ainsi dire "sacrifiés" à la fin de la guerre, afin que la résistance communiste soit bien française et, elle, bien vivante.

En d’autres termes, des hommes et des femmes, travaillant pour la plupart dans la confection, ont été poussés par leurs propres dirigeants (du PC) à participer à des actions armées pour lesquelles ils ont dû se former à la va-vite et encourir des risques très mal calculés. Lorsque les arrestations de la Gestapo se firent plus pressantes en France, les résistants communistes français furent autorisés par leurs chefs à se disperser en province ; "par contre, les immigrés ont reçu l’ordre de continuer à combattre", rappelle l’historien Philippe Robrieux. L’Affaire Manouchian (ou de "l’affiche rouge"), qui s’est soldée par l’arrestation et la fusillade de tout le groupe Manouchian et FTP/MOI, est la conséquence la plus sanglante de ce qui fut, à tout le moins, une négligence criminelle de la part des dirigeants.

Les protestations du PC n’entament pas les témoignages des survivants interrogés par Boucault (sept juifs dont cinq Polonais et deux Roumains), comme celui (le plus touchant et le plus politiquement fort) du tailleur Raymond Kojitski. Lorsqu’il explique comment fabriquer une bombe, et comment il a jeté celle qu’il avait fabriquée à travers la grille d’une cour sans savoir si elle ne lui exploserait pas dans les doigts, on ressent l’effort qu’il a dû faire, alors adolescent, pour passer à l’acte ; pour œuvrer pour la paix en tuant. Trois des personnes interviewées sont encore en vie ; il serait temps de reconnaître leurs actes de résistance, moins pour qu’ils meurent décorés, que pour réparer le préjudice qu’un nationalisme meurtrier a causé au sein même de la gauche, et pour rappeler, comme le souhaite Boucault, que les Juifs n’ont pas seulement été des victimes de la guerre. Lors de sa sortie dans une salle d’art et d’essai prestigieuse de New York en janvier dernier, Des Terroristes à la retraite a tenu l’affiche bien au-delà des dates prévues, et rencontré un écho critique remarquable -- passera-t-il inaperçu en France ?

Charlotte Garson

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