| |
|
UN COUPLE ÉPATANT /
CAVALE / APRÈS LA VIE

Films français, belge (2003).
Réal&Sc: Lucas Belvaux.

 |
Le pari
de Lucas Belvaux repose sur une belle idée intenable : l’exploration du
hors champ narratif des personnages secondaires. Ne pas laisser dans
l’ombre les personnages secondaires d’un film, faire valoir qu’ils ont
également une histoire, que chaque récit est « principal » c’est un peu
comme vouloir montrer que la lumière s’éteint bien quand on referme la
porte du réfrigérateur : en théorie on sait bien que c’est vrai mais cela
pose de gros problèmes de mise en œuvre. Ainsi Belvaux ne peut-il porter
sur le même plan tous ces personnages ; ses films n’abolissent jamais la
notion de secondarité : comme tout scénariste, il fait des choix qui
ordonnent hiérarchiquement ses personnages. Rien de bien neuf de ce
côté-là, d’autant plus que lesdits personnages s’ordonnent en 3 couples
homme-femme de la même génération et de milieux sensiblement identiques.
La
deuxième idée est elle une idée de cinéma : chacun de ces couples qui se
croisent et vivent les mêmes 24 heures est pris dans un univers filmique
différent : comédie, thriller, mélodrame. La nuance se joue cependant plus
autour de la mise en scène : dans les musiques, les montages (un monteur
pour chacun des films), la tonalité d’ensemble. Toutefois ce postulat non
plus n’est pas vraiment respecté : chacun des 3 films est principalement
contaminé par une dimension policière prégnante de bout en bout. Un
couple épatant joue la carte de la comédie policière du quiproquo un
rien boulevardière : pour ne pas inquiéter sa femme, un homme lui cache
qu’il va devoir subir une intervention chirurgicale bénigne ; l’épouse,
sentant qu’il lui cache quelque chose, fait suivre le mari qui à son tour
devient méfiant. Ce joli soufflé un peu longuet aurait pu s’appeler
« beaucoup de bruit pour rien » tant les personnages s’agitent en tous
sens pour revenir au statu quo initial : moralité, mieux vaut ne jamais
mentir à son conjoint.
|
Si Un
couple épatant pèche par sa vacuité, Cavale souffrirait plutôt
d’un personnage principal qui se prend trop au sérieux et pose le problème
de la distanciation par rapport au genre. Peut-on suivre impunément (sans
tomber dans le ridicule) un personnage qui monte et démonte son arme les
yeux fermés avant que de s’en aller reprendre avec candeur le flambeau du
terrorisme d’extrême gauche, faisant allègrement sauter un bâtiment public
grenoblois ?
Après
la vie n’a d’un
mélodrame que l’étiquette. Drame de l’amour à l’épreuve de la souffrance
de l’autre, le film ne nous en apprend pas assez sur le vécu de ses
personnages pour nous permettre de ressentir de la compassion. Filmé
caméra à l’épaule, c’est cependant celui des trois films qui marque le
plus par son esthétique.
Reste un
effet millefeuille qui par superposition des films et des scènes
(certaines apparaissent dans plusieurs films) permet à chacun des 3 films
de s’enrichir de la vision des deux autres. Une expérience à tenter, si
vous n’avez pas renoncé à percer les mystères de votre frigidaire.
Monique Pujol
Copyright Cinefeuille www.cinefeuille.org. Tous
droits de reproduction même partiels réservés.
Réagir sur ce texte
|
|
|