X-FILES : affaire classée!

 

Après neuf saisons et un long-métrage, bilan de la série-phare des années quatre-vingt-dix.

 

En 1994 déboule sur les écrans un objet télévisuel non identifié. Intitulé en français «Aux frontières du réel», en référence à la série «Au-delà du réel», il relança l'intérêt pour le genre fantastique. Deux agents du FBI, Fox Mulder (David Duchovny) et Dana Scully (Gillian Anderson), raides comme la justice, enquêtent sur les phénomènes paranormaux et non expliqués, les fameux X-Files. Chemin faisant, le tandem va découvrir une incroyable machination dans laquelle l'Etat est compromis: l'invasion programmée de la planète par des extraterrestres.

 

Héritière à la fois du monde hitchcockien et de celui de «Twin Peaks», la série imposait deux caractères complémentaire, l'un fasciné par le surnaturel, l'autre lui opposant sa morgue toute scientifique. C'est dans cette schizophrénie toute post-moderne qu'allait s'installer cette épopée contemporaine, jusqu'à la plus complète usure des protagonistes et des situations. Il faut rappeler la formation de journaliste du créateur de la série, alias Chris Carter, et la vision du monde pessimiste qui en découle. L'État nous ment et couvre les abominations des grandes industries qui n'hésitent pas à s'engager dans les manipulations les plus délirantes.

 

Toutes les grandes peurs de la dernière décennie y sont évoquées. Menaces écologiques, pandémies, maladie de la vache folle, syndrome de la guerre du Golfe, j'en passe et des meilleures. Le tout baignant dans un retour à l'irrationnel, corrélat du matérialisme ambiant. À la mystique d'un Tarkovski, l'on préfère ici l'expression satanique du mal, dont les extraterrestres ne sont qu'un avatar parmi d'autres. Autant dire que la religiosité diffuse de la série n'a rien de très sain(t), tous nos mauvais démons s'y donnant rendez-vous. Lorsque la sixième saison arrive, un peu d'auto-parodie insuffle un brin d'air frais. Las, la saison huit verra le départ de Duchovny: vous connaissez la suite.

 

Le dernier apport déterminant de «X-Files» dans le paysage audiovisuel, ce sont les moyens investis dans une série. Jamais des décors, des éclairages, des ambiances n'auront été aussi soignées ; jamais, en termes de production, n'aura-t-on été si proche du cinéma. D'où l'incompréhensible échec du long-métrage. Mais ce qui tient la route pendant 40 minutes peut-il être développé sans accrocs deux heures durant? La réponse au prochain épisode, sur votre grand écran préféré.

 

Bertrand Bacqué

Copyright Cinefeuille www.cinefeuille.org. Tous droits de reproduction même partiels réservés.

Réagir sur ce texte
 

Date de 1ère diffusion (US)
Date de la dernière diffusion

Durée

Network

Septembre 1993

 Mai 2002

 60 min

 FOX

Créateur(s)

Producteur(s) exécutif(s)

 Chris Carter

 Chris Carter, Frank Spotnitz

Avec

Gillian Anderson, David Duchovny, Robert Patrick,

Annabeth Gish, Mitch Pileggi