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LA ZONE
Entre les deux
parties de
La Porte du
soleil
de Yousry Nasrallah,
le point commun c’est la zone : dans la première partie, la grotte de Bal El
Chams, en Galilée, donne son titre au film, dans la seconde le camp à Beyrouth
est le no man’s land où l’action est enfermée. Etymologiquement, la Zone, c’est
la « ceinture », une zone est donc un espace défini par le fait d’être
ceinturé.
La zone, comme un terrain cerné
La zone : une idée d’interdit, de
dedans et de dehors. Or selon John Le Carré, si un chat entre dans son panier,
il n’y a pas d’histoire, mais si le même chat entre dans le panier du chien,
pour lui une zone, là il y a une histoire.
Younès, le héros de la première partie, se cache en Lybie, et entre en Galilée,
là où il est en danger pour voir sa femme : la porte du soleil, la grotte, lieu
on ne peut plus ceinturé qui est bien pour lui le panier du chien, une zone
dans la zone interdite que serait la Galilée.
A l’inverse dans la deuxième partie,
le médecin, Khalil, est lui
dans
la zone. Tout son problème est d’avoir des contacts hors de la zone, avec ce
qui n’y est pas, à savoir les femmes et en particulier sa mère. La jeune femme
qu’il aime au début, puis l’actrice que joue Béatrice Dalle, qui sont ce qu’il
y a d’étranger dans le camp – deux fois étrangers pour Dalle, femme et
française – le conduisent à l’extérieur de la zone : la première par son
exemple, son échappée, sa mort, la deuxième par son discours puis par son
téléphone.
La
zone, comme champ
S’il est si difficile d’entrer ou de
sortir de la zone, c’est aussi parce que la zone pose un problème de cadre, sur
ce qui est dedans et dehors. Problème politique d’abord entre Israël et
Palestine, la Zone a une appartenance difficile à définir. Lorsque les
Palestiniens fuient leur village et sont sur la route, on entend off la voix
des soldats israéliens qui les guident : on ne verra jamais les soldats à ce
moment-là. La zone, c’est donc aussi le champ, ce qui est filmé, et c’est
cinématographiquement que Nasrallah répond à un problème politique.
A Beyrouth, le cadre a beau fixer, ce
qui se passe à l’intérieur est flou, et changeant. C’est la femme qui aime le
médecin et tue un autre en lui disant qu’elle l’aime. C’est Béatrice Dalle qui
récite Genet sur un corps qui apparaît d’abord mort et qui s’avère de plus en
plus vivant dans le plan. C’est aussi le jeune homme qui ne cesse de changer
son histoire, et ses cheveux – il vend une potion contre les cheveux blancs.
Ces éléments narratifs ou visuels contribuent à créer un mouvement à
l’intérieur du cadre, quelque chose qui tournerait en rond, car c’est tout ce
qu’on peut faire dans la zone. Quand ce ne sont pas les personnages qui
tournent sur eux-mêmes, c’est la caméra qui panote. La fixité de la caméra dans
la première partie, où la grotte est la zone de repli, est remplacé par
l’aléatoire du mouvement dans la seconde, où la zone est un no man’s land
d’accueil.
La zone a des connotations
négatives : on dit « de seconde zone », et pas de première zone, la zone
désigne aussi une banlieue pauvre. C’est que la zone est liée à la destruction,
à la guerre, à un territoire physique qu’on a du mal à nommer. La zone est un
donc un cadre, avec une barrière, des limites, une ceinture dont l’intérieur du
cadre est à interpréter. C’est toute la question d’un autre film,
Stalker
de Tarkovski où on appelle
Zone
le lieu interdit que les personnages doivent atteindre, lieu entouré de
barrières, ceinturé. Si la limite en est claire, ce qui se tapi à l’intérieur
ne l’est pas :
ça
peut aussi bien sauver que détruire. La zone est donc l’espace qu’on peut
entourer mais pas définir, l’espace de l’ambiguïté elle-même.
Martin Drouot
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